Dans l’ensemble de la zone euro, l’activité manufacturière progresse fortement. Toutefois, selon les dernières enquêtes PMI, ce rebond semble davantage alimenté par une constitution préventive des stocks que par une reprise durable de la demande.
Dans un contexte marqué par les tensions au Moyen-Orient, la hausse des coûts de transport et de l’énergie, ainsi que les risques sur les approvisionnements, de nombreuses entreprises ont préféré avancer leurs commandes afin de sécuriser leurs flux. Résultat : la production augmente, mais les délais de livraison se dégradent et l’incertitude demeure élevée.
La France repasse nettement en expansion
En France, le PMI manufacturier progresse de 50,0 à 52,8 en avril, son meilleur niveau depuis mai 2022. Les nouvelles commandes et la production accélèrent au rythme le plus soutenu depuis le premier semestre 2022.
Le rebond reste toutefois principalement porté par le marché intérieur. Les commandes à l’exportation continuent de reculer.
Autre élément notable : les industriels français semblent absorber une partie importante de la hausse des coûts. Environ 53 % des entreprises interrogées signalent une augmentation des prix d’achat, mais seulement près de 20 % répercutent cette hausse sur leurs prix de vente.
La zone euro au plus haut depuis près de quatre ans
Selon S&P Global, le PMI manufacturier de la zone euro passe de 51,6 en mars à 52,2 en avril, soit son niveau le plus élevé depuis près de quatre ans. L’indice de production progresse également, à 52,3, un sommet en huit mois.
Autre signal marquant : pour la première fois depuis juin 2022, les huit pays de la zone euro couverts par l’enquête affichent tous un indice supérieur à 50, seuil qui sépare expansion et contraction.
S&P Global reste néanmoins prudent. L’organisme souligne que cette amélioration repose largement sur des achats anticipés liés aux craintes de hausses de prix et de perturbations logistiques.
Chris Williamson, économiste en chef chez S&P Global Market Intelligence, estime même que ces résultats constituent « davantage un motif d’alerte que de célébration ». Selon lui, l’amélioration actuelle pourrait masquer un essoufflement à venir.
Des chaînes logistiques sous pression
Le signal le plus clair provient des chaînes d’approvisionnement. En avril, les industriels de la zone euro ont augmenté leurs achats au rythme le plus élevé depuis mi-2022.
Entre commandes massives, perturbations logistiques liées au Moyen-Orient et disponibilité plus limitée de certaines matières premières, les retards fournisseurs se sont fortement aggravés, atteignant leur pire niveau depuis juillet 2022.
La pression sur les prix s’intensifie également. L’inflation des coûts d’achat atteint un plus haut sur 46 mois, tandis que celle des prix de vente grimpe à un sommet sur 39 mois. Depuis février, l’indice des prix d’achat de la zone euro a bondi de 19 points, selon S&P Global.
Pour le secteur du transport et de la logistique, le tableau reste contrasté. À court terme, la hausse de la production et des achats soutient les volumes de fret. Mais lorsque cette dynamique repose principalement sur du stockage préventif plutôt que sur une demande finale solide, la visibilité sur les carnets de commandes devient nettement plus fragile.

Graphique : niveaux du PMI manufacturier d’avril 2026 sur plusieurs marchés européens. Les chiffres entre parenthèses indiquent l’écart par rapport à mars. Au-dessus de 50 : expansion ; en dessous de 50 : contraction.
Tableau : PMI manufacturier d’avril et principal signal par pays
| Marché | PMI d’avril | Signal principal |
|---|---|---|
| Pays-Bas | 54.4 | Meilleure performance ; le stockage accroît la pression sur le besoin en fonds de roulement |
| Royaume-Uni | 53.7 | Tensions sur les capacités, perturbations portuaires et retards douaniers signalés |
| France | 52.8 | Rebond tiré par le marché intérieur ; les entreprises absorbent une partie des coûts |
| Zone euro | 52.2 | Plus haut sur 47 mois, mais en partie porté par des commandes passées par anticipation |
| Italie | 52.1 | La production progresse malgré un recul des carnets de commandes |
| Espagne | 51.7 | Retour en expansion, mais les exportations reculent encore |
| Allemagne | 51.4 | Toujours en croissance, mais les perspectives se dégradent |
| Pologne | 48.8 | Accélération de l’inflation sans reprise franche de la demande |
| Roumanie | 47.5 | Le repli s’atténue, mais la confiance tombe à un point bas historique de l’enquête |
Pays-Bas et Royaume-Uni : les hausses les plus marquées
Les Pays-Bas signent la progression la plus nette parmi les pays suivis. Le PMI Nevi Netherlands Manufacturing passe de 52,0 en mars à 54,4 en avril, un sommet depuis juillet 2022. Les industriels néerlandais évoquent la plus forte hausse des nouvelles commandes depuis près de deux ans, alimentée par des achats avancés dans un climat d’incertitude sur les prix et les chaînes d’approvisionnement.
Mais ce rebond a un coût. Les conditions de chaîne logistique se sont dégradées au rythme le plus rapide depuis presque quatre ans, tandis que les coûts d’achat ont fortement augmenté (énergie, carburant, transport, matières premières). Albert Jan Swart (ABN AMRO) souligne que la combinaison stockage + hausse de la production + renchérissement devrait accroître le besoin en fonds de roulement de nombreuses entreprises.
Le Royaume-Uni affiche lui aussi un résultat élevé. Le PMI manufacturier S&P Global UK atteint 53,7, un plus haut sur 47 mois et son meilleur niveau depuis mai 2022. La production, les nouvelles commandes et l’emploi progressent tous.
L’enquête britannique insiste particulièrement sur les sujets logistiques : les industriels signalent des manques de capacités de transport, des perturbations dans les ports et des retards aux douanes. La performance moyenne des fournisseurs se dégrade au rythme le plus rapide depuis presque quatre ans. Rob Dobson (S&P Global Market Intelligence) indique que les restrictions de transit via le détroit d’ Ormuz provoquent des « perturbations importantes » sur les livraisons d’intrants.
Allemagne et Italie : croissance sous surveillance
L’Allemagne reste en territoire positif, mais le ralentissement devient visible. Le PMI manufacturier allemand recule de 52,2 à 51,4 en avril. Production et nouvelles commandes continuent d’augmenter, mais à un rythme plus modéré.
Pour la première fois depuis 18 mois, les industriels allemands anticipant une baisse de la production sur un an sont désormais plus nombreux que ceux prévoyant une hausse.
En Italie, le PMI grimpe à 52,1, son meilleur niveau depuis quatre ans. La production progresse au rythme le plus rapide depuis plus de trois ans. Mais les carnets de commandes reculent déjà au début du deuxième trimestre, signe d’une demande qui reste fragile malgré la hausse de l’activité.
Espagne : retour en expansion, tandis que Pologne et Roumanie restent à la traîne
L’Espagne repasse en croissance : le PMI remonte de 48,7 à 51,7, première amélioration des conditions d’activité depuis novembre dernier. Mais les nouvelles commandes n’augmentent que légèrement, les commandes à l’export reculent pour le huitième mois consécutif, et S&P Global juge la demande sous-jacente toujours fragile.
La Pologne et la Roumanie restent sous 50. En Pologne, le PMI bouge à peine à 48,8, ce qui correspond à un douzième mois consécutif de dégradation des conditions d’activité. Les nouvelles commandes reculent pour le treizième mois d’affilée, tandis que les industriels renforcent leurs stocks d’intrants pour se prémunir contre d’éventuelles pénuries. Trevor Balchin (S&P Global Market Intelligence) indique que les indices de prix polonais « tirent la sonnette d’alarme », avec une inflation des prix d’achat et de vente à leurs niveaux les plus élevés depuis le premier semestre 2022.
En Roumanie, le repli s’atténue : le PMI passe de 46,6 à 47,5. Malgré tout, la production et les nouvelles commandes continuent de baisser. Les commandes à l’export s’améliorent légèrement pour la première fois en sept mois, mais la confiance des entreprises tombe au plus bas depuis le lancement de l’enquête, il y a presque trois ans.









