- Temu écope d’une amende de 200 millions d’euros décidée par la Commission européenne.
- La Commission considère que la plateforme a manqué à ses obligations au titre du Digital Services Act (DSA).
- La Commission dit avoir mené des achats tests, qui auraient mis en évidence de nombreux produits non conformes et présentant des risques.
- Temu doit transmettre un plan de mesures correctives d’ici fin août.
- Le dossier pourrait avoir des répercussions sur les importations e-commerce, les contrôles douaniers et les chaînes logistiques internationales.
Selon la Commission, Temu n’a pas correctement évalué ni réduit les risques liés à la présence de produits illégaux proposés via sa plateforme, comme l’exige le Digital Services Act (DSA). Pour Bruxelles, ces insuffisances augmentent la probabilité que des consommateurs européens soient exposés à des articles ne respectant pas les règles européennes de sécurité et de conformité.
L’enquête est ouverte depuis octobre 2024. En annonçant une sanction financière, la Commission rappelle que les très grandes plateformes doivent pouvoir démontrer, preuves à l’appui, la manière dont elles détectent, évaluent et pilotent les risques liés à la sécurité des produits et au respect des normes.
Bruxelles pointe des failles dans l’évaluation des risques de Temu
Les services de l’UE reprochent à Temu d’avoir minimisé l’ampleur et les effets de la présence de produits illégaux sur sa place de marché. La Commission affirme que l’entreprise s’est surtout appuyée sur des éléments généraux concernant le secteur de l’e-commerce, plutôt que d’analyser les risques spécifiques à son propre fonctionnement.
Autre point mis en avant : Temu n’aurait pas suffisamment évalué les risques susceptibles d’être amplifiés par ses systèmes de recommandation et certaines pratiques publicitaires.
Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne en charge de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie, a déclaré :
« Les évaluations des risques ne sont pas un simple exercice de conformité. Elles constituent la colonne vertébrale du Digital Services Act. L’évaluation des risques de Temu sous-estime des dangers concrets, manque de précision, ne s’appuie pas sur des éléments probants solides et n’est pas exhaustive. Résultat : les régulateurs, les utilisateurs et le public ne disposent pas d’une vision claire de l’ampleur réelle des dommages potentiels liés aux produits illégaux vendus sur Temu. »
Pour la Commission, ces lacunes constituent une infraction grave à des exigences centrales du DSA.
Achats tests : des problèmes de sécurité mis en avant
Dans le cadre de l’enquête, la Commission indique avoir réalisé des achats tests. Une part importante des articles examinés présenterait des problèmes de sécurité.
Bruxelles cite notamment des chargeurs électriques et des jouets. D’après la Commission, une proportion significative des produits testés ne répondait pas à des exigences de sécurité élémentaires.
Dans certains cas, les biens contiendraient des substances chimiques au-delà des seuils autorisés ou présenteraient des risques d’étouffement pour les enfants.
Quelles conséquences pour la logistique et les importations e-commerce
Même si la décision vise une seule plateforme, ses effets potentiels concernent directement la logistique. Depuis plusieurs années, des organisations professionnelles et des autorités européennes alertent sur la croissance rapide des importations directes vers le consommateur depuis l’Asie, via des plateformes comme Temu, Shein ou AliExpress.
Ces places de marché ont accéléré les expéditions transfrontalières de colis de faible valeur vers l’Europe. Des flux plus massifs et fragmentés, donc plus difficiles à contrôler, qui accroissent la pression sur les douanes et les autorités chargées de la surveillance du marché.
Dans son argumentaire, la Commission mentionne également des informations issues des douanes et des organismes de surveillance, qui auraient relevé de nombreuses infractions aux règles européennes sur les produits dans les catégories examinées.
L’UE renforce sa vigilance sur les importations e-commerce
La sanction visant Temu intervient alors que l’Union européenne débat déjà d’un durcissement des règles applicables aux importations directes en provenance de pays hors UE.
En toile de fond : l’augmentation des volumes de colis associés aux plateformes asiatiques, qui met à l’épreuve les capacités de contrôle et d’exécution. Des acteurs du secteur réclament des vérifications plus strictes et des conditions de concurrence plus équitables pour les distributeurs européens.
Pour de nombreux observateurs, l’amende infligée à Temu illustre la volonté de Bruxelles d’appliquer plus systématiquement les règles existantes.
Temu sommé de présenter un plan d’action
La Commission indique que Temu doit déposer, au plus tard le 28 août 2026, un plan détaillant les mesures prévues pour corriger les manquements relevés.
Les autorités européennes examineront ensuite ces propositions. En cas de non-respect persistant des obligations, d’autres sanctions pourraient être décidées.
Dans le cadre du Digital Services Act, les amendes peuvent atteindre jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires annuel mondial.
Un signal adressé à toutes les places de marché
La portée de la décision devrait dépasser le seul cas Temu. La Commission indique avoir déjà interrogé Shein, Amazon et AliExpress sur leurs dispositifs de lutte contre les produits illégaux.
Pour les prestataires logistiques, les réseaux colis et les opérateurs de fulfilment, cela pourrait se traduire par une pression réglementaire accrue. Outre la sécurité des produits, les autorités européennes renforcent leur attention sur le traitement douanier, la surveillance du marché et la traçabilité des flux internationaux.
En ce sens, l’affaire Temu ne se limite pas à une plateforme : elle confirme que Bruxelles considère l’e-commerce transfrontalier en forte croissance comme un élément à part entière du système commercial et logistique européen — et se prépare à l’encadrer plus strictement.









