Interrogé par Liam Byrne, député et président de la Business and Trade Committee, le directeur général du port, Doug Bannister, a dit craindre un impact direct du système Entry/Exit System (EES) sur la fluidité du trafic dans le Kent lors des pics estivaux.
Dans les faits, de nombreux conducteurs quittant le Royaume-Uni via Douvres voyagent avec un passeport européen et ne sont donc pas soumis à l’enregistrement EES. Le risque, selon le port, vient surtout des files d’attente de voitures et d’autocars : si elles remontent jusqu’aux axes d’approche, les poids lourds se retrouvent bloqués à leur tour, avec des conséquences immédiates pour des flux sensibles (médicaments, pièces automobiles, produits frais).
Mis en service dans l’espace Schengen le 10 avril 2026, l’EES remplace le tampon manuel pour les ressortissants non européens en court séjour. Le dispositif enregistre les données du passeport, les dates d’entrée et de sortie, ainsi qu’une photo du visage et les empreintes digitales. À Douvres, ces contrôles se font avant l’embarquement, puisque les contrôles frontaliers français sont effectués côté britannique.
Le port redoute en particulier la phase de « première inscription » pour les touristes : les opérations nécessaires pour créer un profil EES peuvent ralentir les véhicules et provoquer des files d’attente qui débordent sur le réseau local, jusqu’à l’autoroute M20. Dans ce cas, les ensembles routiers empruntant les mêmes accès subissent les retards, qu’ils aient ou non des formalités à accomplir.
Un site EES à quarante millions de livres… mais pas utilisé comme prévu
Pour anticiper l’EES, Douvres a investi quarante millions de livres dans une installation dédiée aux Western Docks, équipée de 84 bornes destinées à traiter les données des passagers en dehors de la zone la plus contrainte du terminal ferry.
Mais, selon le port, le dispositif n’est pas exploité comme prévu. En cause : des difficultés d’interopérabilité avec la technologie des kiosques EES. Résultat, la politique française impose actuellement que la création des profils EES pour les automobilistes se fasse au terminal des Eastern Docks, une zone à la capacité plus limitée, où les files d’attente ont davantage de chances de perturber l’ensemble des opérations portuaires.
Le port dit avoir déjà constaté la rapidité avec laquelle la situation peut se dégrader. Pendant les vacances de mi-trimestre de mai, un incident critique a été déclaré lorsque l’attente a atteint environ quatre heures et demie, après seulement quelques heures de traitement EES, un jour où l’on comptait autour de 8 500 véhicules touristiques. Or, en été, le port dépasse régulièrement les 12 000.
Les flux de fret, eux, ne s’arrêtent pas pendant les vacances : Douvres reste l’un des principaux points de passage entre le Royaume-Uni et l’Union européenne pour les trafics en juste-à-temps. Le port souligne aussi la difficulté de « remplacer » la route des détroits : pour qu’un détour devienne économiquement pertinent, un camion devrait rater environ 20 ferries ou subir plus de 16 heures de retard — sans garantie, même dans ce cas, de trouver des capacités alternatives.
Douvres demande une mise en pause de l’EES avant que les files ne s’installent
Face au risque de saturation, le Port de Douvres plaide pour une suspension complète de l’EES sur la période estivale. À défaut, il demande un mécanisme permettant d’interrompre le traitement de façon ciblée dès que les prévisions de trafic signalent un risque sérieux d’embouteillage.
Pour Doug Bannister, tout se joue sur le timing : les mesures de secours doivent s’activer avant l’apparition des files d’attente, et non une fois que passagers et fret sont déjà pris dans le même blocage.
Le port indique avoir alerté le Department for Transport, le Home Office, le Premier ministre, l’Union européenne, le ministère français de l’Intérieur, la Police aux Frontières et la préfecture de Calais. Les services français auraient annoncé des renforts, mais Douvres estime que l’enjeu ne se résume pas aux effectifs : le problème tient aussi au lieu et aux modalités concrètes de l’enregistrement EES.









