Photo : Kent Police (image d’illustration)

EES : Londres demande des contrôles plus souples côté français, risque de bouchons jusqu’à 12 heures à Douvres

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À l’approche des grands départs, le Royaume-Uni presse les autorités françaises de faire preuve de souplesse dans l’application du système européen d’entrée/sortie (EES), afin d’éviter la saturation des accès à Douvres et au tunnel sous la Manche. Des élus britanniques redoutent qu’en période de pointe, les files d’attente s’allongent pendant des heures, au point de bloquer le fret derrière le trafic touristique.

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Les alertes se multiplient depuis les inquiétudes exprimées plus tôt ce mois-ci par le Port de Douvres. Son directeur général, Doug Bannister, a expliqué que le traitement des voyageurs lié à l’EES pourrait saturer les mêmes axes d’accès que ceux utilisés par les poids lourds, entraînant l’immobilisation des camions — alors même que de nombreux conducteurs ne seraient pas tenus de s’enregistrer dans le cadre du dispositif.

Le port plaide pour une mise en pause de ces contrôles pendant l’été ou, à défaut, pour un arrêt ciblé avant que les files ne se forment. Selon Douvres, lors des congés de mi-trimestre de mai, les retards ont atteint environ 4,5 heures après une brève phase de traitement liée à l’EES. En haute saison, le trafic touristique peut dépasser 12 000 véhicules par jour.

Intervenant à la Chambre des communes le mercredi 8 juillet, le ministre chargé de la sécurité aux frontières, Alex Norris, a estimé que les volumes de pointe pourraient imposer un arbitrage très concret : préserver la fluidité du trafic ou appliquer strictement le nouveau processus de contrôle.

« La question fondamentale sera de prioriser la fluidité ou la conformité au dispositif », a déclaré Norris lors d’un débat parlementaire en urgence le 8 juillet.

Il a indiqué aux députés que le gouvernement exerce une pression quotidienne sur la France et la Commission européenne pour que la police aux frontières française utilise les marges de manœuvre prévues par l’EES et privilégie l’écoulement du trafic lorsque la demande explose.

Des élus évoquent un scénario à 12 heures d’attente

Le débat a été provoqué par Sir Roger Gale, député conservateur représentant la circonscription de Herne Bay et Sandwich, dans le Kent.

Selon lui, le niveau de réservations pour la période de vacances à venir laisse craindre des retards pouvant aller jusqu’à 12 heures pour les passagers, avec des répercussions en chaîne sur le transport de marchandises.

Il a demandé au gouvernement d’obtenir une dérogation avant le lancement des grands départs, plutôt que d’attendre que la congestion devienne ingérable. Norris n’a pas repris à son compte l’estimation des 12 heures, mais a reconnu que de longues files pénaliseraient à la fois les voyageurs et les entreprises. Il a précisé que l’exécutif cherche des modalités permettant aux agents français d’alléger les contrôles lorsque les volumes dépassent les capacités du système.

Le gouvernement ne plaide toutefois pas pour un arrêt complet de l’EES. Norris a jugé qu’une suspension totale n’est ni réaliste ni envisageable. La ligne défendue consiste plutôt à ajuster les procédures lors de pics bien identifiés, en s’appuyant sur des prévisions pour intervenir avant la formation des bouchons.

Il a cité un exemple récent, le 23 mai, lorsque la police aux frontières française a modifié ses pratiques afin de réduire la pression sur les routes du Kent pendant le week-end prolongé de fin mai.

Pourquoi les contrôles voyageurs peuvent bloquer les camions

L’EES vise d’abord les voyageurs non ressortissants de l’Union européenne entrant dans l’espace Schengen, et non l’introduction de nouveaux contrôles cargo pour les poids lourds.

Pour autant, le fret routier reste exposé : voitures et camions empruntent des accès communs et une partie du réseau routier autour de Douvres et de Folkestone. Si l’enregistrement biométrique ralentit les flux touristiques, les remontées de files peuvent rapidement se répercuter sur les trafics commerciaux.

Norris a rappelé que le Kent connaît déjà des épisodes de congestion lors des périodes de forte affluence et que l’EES pourrait agir comme un « facteur aggravant », plutôt que comme l’unique cause des ralentissements.

Operation Brock relancée pendant environ six semaines

Cette discussion intervient alors que le Kent se prépare à réactiver Operation Brock sur la M20, en amont du pic estival. Le dispositif de circulation en sens inversé doit être installé entre les échangeurs 8 et 9 dans la soirée du lundi 13 juillet, avec une réouverture de l’autoroute sous ce régime le mardi 14 juillet. La barrière devrait rester en place jusqu’au 24 août, soit environ six semaines.

Concrètement, le trafic en direction de la côte empruntera le contraflow entre Maidstone et Ashford, tandis que des voies dédiées permettront de faire patienter les poids lourds. Tous les camions à destination du Port de Douvres ou d’Eurotunnel devront rejoindre Operation Brock à l’échangeur 8.

Le Kent and Medway Resilience Forum précise que l’objectif est de limiter les perturbations pour les riverains durant la hausse saisonnière. Un système de permis doit contribuer à maintenir le fret sur la M20 et l’A20, et le circuit de Lydden Hill Race Circuit pourra servir, en dernier recours, de zone d’attente pour les véhicules de passagers en cas de perturbation majeure.

Au Parlement, Norris a présenté Operation Brock et le Dover Traffic Assessment Project comme des éléments clés du plan de continuité du Kent. Il a toutefois reconnu que ces mesures organisent les files plutôt qu’elles ne les suppriment : si le traitement EES déclenche une congestion autour de Douvres et de Folkestone, les chauffeurs routiers pourraient malgré tout subir de longues attentes.

Pas d’engagement ferme sur une voie rapide pour les denrées périssables

Des députés ont également demandé au gouvernement de garantir un passage rapide aux marchandises périssables — notamment les produits de la mer et d’autres denrées à durée de vie courte. John Cooper, député conservateur de Dumfries and Galloway, a souligné la dépendance de nombreux acteurs du transport, de l’agriculture et de la pêche à l’égard de Douvres, et a averti que des cargaisons de produits de la mer peuvent perdre leur valeur « pratiquement du jour au lendemain » en cas de retard.

Le député SNP Graham Leadbitter a ensuite réclamé un engagement clair sur la priorité accordée aux chargements périssables.

Norris a reconnu l’importance du facteur temps pour certains produits, sans promettre la mise en place d’un couloir dédié. Il a fait valoir que la priorisation est complexe, car des passagers vulnérables et d’autres usagers peuvent eux aussi avoir des raisons légitimes de devoir passer plus vite.

Des aménagements réalisés, mais une technologie encore imparfaite

Le gouvernement a attribué 3,5 millions de livres sterling à Douvres, à Eurotunnel et à St Pancras, pour financer des adaptations d’infrastructure et l’achat d’équipements EES. Des députés ont indiqué que le Port de Douvres a investi plus de 40 millions de livres sterling pour se préparer, mais qu’une partie des nouveaux aménagements ne peut pas encore être exploitée pleinement, la technologie nécessaire au fonctionnement du système ne donnant pas les résultats attendus.

Norris a insisté sur le fait que les travaux d’infrastructure, à eux seuls, ne suffiront pas tant que la technologie associée ne sera pas opérationnelle et correctement testée.

Le gouvernement assure qu’il maintiendra des échanges quotidiens avec la France, la Commission européenne et les opérateurs de transport à l’approche du pic estival, avec un objectif immédiat : permettre aux agents aux frontières d’assouplir les procédures avant que la congestion n’atteigne un niveau critique.

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