Photo : Małgorzata Szotkowska

Canicule : le réseau de transport allemand sous tension, alerte le DSLV

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La canicule qui s’installe en Allemagne met à l’épreuve plusieurs segments du réseau de transport. Pour le DSLV (Fédération allemande du transit et de la logistique), les dégâts directs restent, à ce stade, contenus. En revanche, les fermetures, les déviations et la baisse des niveaux d’eau compliquent déjà l’exploitation, avec des coûts supplémentaires et une organisation plus lourde pour les transporteurs et les commissionnaires.

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L’association plaide pour que les prochains chantiers de rénovation (routes, rail et voies navigables intérieures) intègrent dès le départ la résistance aux épisodes de chaleur extrême.

Les dégradations relevées sur plusieurs autoroutes le week-end dernier illustrent la fragilité de certaines infrastructures allemandes lorsque les températures grimpent. Pour les opérateurs logistiques, ces aléas ne sont plus exceptionnels : à chaque nouvelle coupure ou déviation, la gestion des flux se tend et les équipes d’exploitation doivent multiplier les ajustements.

Les commissionnaires habitués à travailler sous contrainte

Selon le DSLV, les perturbations de dernière minute font désormais partie du quotidien de nombreuses entreprises du secteur.

« Le secteur de la logistique a appris à composer avec les fermetures de ponts, les dommages sur le rail ou l’arrêt d’écluses. Les commissionnaires doivent improviser et dérouter des acheminements chaque jour », explique Frank Huster, directeur général du DSLV.

Dans un contexte où le réseau accuse déjà un important retard d’entretien, l’organisation estime que les dégâts directement liés à la chaleur restent relativement limités à ce stade. L’enjeu principal porte désormais sur la fréquence de ces incidents et leurs conséquences sur les chaînes d’approvisionnement.

La chaleur fragilise tous les modes de transport

Le DSLV souligne que l’impact ne se résume pas à des chaussées fissurées ou déformées.

Côté ferroviaire, les rails, aiguillages, caténaires et systèmes de signalisation peuvent mal réagir aux pics de température, avec des effets en cascade sur le fret.

Les voies navigables intérieures sont elles aussi sous pression. La baisse du niveau du Rhin, de la Moselle et du Neckar réduit le tirant d’eau autorisé pour les bateaux. Concrètement : moins de marchandise par voyage, et donc la nécessité de mobiliser davantage de capacité pour transporter les mêmes volumes.

Les ports maritimes ne sont pas épargnés. Au port de Rotterdam, des terminaux à conteneurs ont été fermés temporairement la semaine dernière pour des raisons de sécurité. D’après le DSLV, cela a entraîné l’annulation de créneaux de dépôt et d’enlèvement, puis des retards dans les flux d’acheminement vers l’hinterland par la route, le rail et le fluvial.

Autobahn GmbH : les anciennes dalles en béton, les plus exposées

Autobahn GmbH indique que les dégradations liées à la chaleur touchent surtout les sections en béton les plus anciennes, très circulées et déjà réparées à plusieurs reprises. Le phénomène se traduit souvent par des « soulèvements » : sous l’effet de la dilatation, certaines dalles se déforment vers le haut lorsque les contraintes ne peuvent plus être absorbées. Les bétons récents, conformes aux normes techniques actuelles, y sont nettement moins sensibles.

Depuis le 20 juin, Autobahn GmbH a recensé des dommages liés à la chaleur sur plusieurs grands axes, notamment les autoroutes A1, A2, A6, A7, A10, A13, A14, A15, A29, A45, A66 et A93. Par moments, des tronçons de l’A2, de l’A14 et de l’A15 ont dû être totalement fermés. Ailleurs, des voies ont été neutralisées ou des limitations de vitesse mises en place.

Autobahn GmbH précise renforcer la surveillance des tronçons particulièrement exposés lors des fortes chaleurs. Les dalles endommagées sont retirées et remplacées dans un premier temps par de l’enrobé afin de rouvrir au plus vite les sections concernées. À plus long terme, l’exploitant estime que la reconstruction complète des chaussées anciennes reste la protection la plus efficace contre les ruptures dues à la chaleur. Une approche qui rejoint la demande du DSLV : faire de la chaleur un paramètre de conception à part entière dans les futurs programmes de rénovation.

Exploitation : plus de coordination, plus de replanification

Pour les commissionnaires, la multiplication des coupures se traduit d’abord par une charge de coordination accrue et des replanifications de dernière minute. Il faut modifier les itinéraires, rediriger les véhicules et recalculer les horaires de livraison.

Frank Huster souligne que ce surcroît de travail en exploitation met les équipes sous pression et pèse de plus en plus sur la rentabilité des entreprises.

Des infrastructures conçues pour un autre climat

Le DSLV estime que de nombreux corridors de transport ont été pensés pour des conditions climatiques bien différentes.

« Comme l’urbanisme d’il y a plusieurs décennies, les infrastructures de transport n’ont jamais été conçues en anticipant des canicules au-delà de 40 degrés. Et cela ne se corrige pas en quelques années », rappelle Huster.

D’où l’appel de l’association à intégrer de manière systématique la résistance à la chaleur dans les renouvellements autoroutiers et ferroviaires à venir.

La profession demande d’accélérer les modernisations

Pour le DSLV, l’État fédéral et les gestionnaires d’infrastructures doivent assumer leur part pour rendre le réseau plus robuste face aux épisodes météo extrêmes.

« C’est pourquoi il est essentiel que la chaleur soit prise en compte techniquement dans les prochains programmes d’entretien et de renouvellement des autoroutes et du rail », insiste Huster.

L’association juge nécessaires à la fois des investissements à la hauteur et des procédures de planification et d’autorisation plus rapides. Malgré l’existence d’un fonds spécial, le DSLV considère que le budget transport actuel reste insuffisant pour résorber le retard de rénovation tout en répondant aux exigences supplémentaires liées au changement climatique.

Les épisodes extrêmes s’installent comme un défi opérationnel durable

Pour les acteurs de la logistique, les vagues de chaleur ne relèvent plus du simple désagrément estival. Un incident isolé peut souvent être absorbé via des itinéraires de déviation ; mais la répétition d’événements extrêmes impose un niveau d’exigence plus élevé en planification, en dispatch et en performance des infrastructures.

Du point de vue du DSLV, tout dépendra de la capacité à adapter en continu routes, rail et voies d’eau aux nouvelles conditions climatiques. À défaut, les perturbations du transport de marchandises liées à la chaleur risquent de devenir plus fréquentes.

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