Les principaux enseignements
- 78 % des dirigeants insatisfaits : le moral des transporteurs atteint son niveau le plus bas depuis le lancement du baromètre FNTR, dépassant même la dégradation observée pendant la crise sanitaire.
- Recrutements en recul : 29,2 % des transporteurs déclaraient rencontrer des difficultés de recrutement en juillet 2026, contre 48,4 % deux ans auparavant, selon l’INSEE.
- Investissements reportés : les entreprises privilégient leur trésorerie et le renouvellement indispensable des véhicules plutôt que l’augmentation de leurs capacités.
- Demande toujours fragile : l’agroalimentaire, les biens d’équipement et le bâtiment ne soutiennent pas suffisamment l’activité des transporteurs.
Le rebond du printemps déjà effacé
Après une stabilisation au deuxième trimestre, la conjoncture du transport routier de marchandises s’est de nouveau détériorée entre juillet et septembre 2026.
Dans son enquête publiée le 21 octobre, la FNTR constate un recul simultané des indicateurs d’activité récente et des perspectives à court terme. Tous deux se situent sous leur moyenne de longue période.
Cette nouvelle dégradation intervient alors que les transporteurs continuent de subir une demande insuffisante, des coûts d’exploitation élevés et une visibilité limitée sur les volumes à venir.
Les données de la Banque de France citées dans le rapport confirment cette tendance : en septembre, les entreprises du secteur « transport et entreposage » signalaient une diminution de l’activité et de la demande. Les ajustements tarifaires, notamment liés à l’évolution des prix des carburants, ne suffisent pas à compenser l’ensemble des pressions sur les coûts.
Dans ce contexte, les transporteurs cherchent avant tout à préserver leurs contrats existants plutôt qu’à conquérir de nouveaux marchés.
Industrie et bâtiment : peu de relais de croissance
Le ralentissement ne concerne pas uniquement les entreprises de transport. Leurs principaux donneurs d’ordre traversent également une période de faible dynamisme.
Dans l’agroalimentaire, les carnets de commandes se dégradent et le climat des affaires reste inférieur à sa moyenne de long terme. La fabrication de biens d’équipement montre elle aussi des signes d’essoufflement, avec des perspectives contrastées selon les branches industrielles.
Le bâtiment continue de souffrir d’une activité atone et d’un climat d’incertitude, ce qui pèse sur les besoins de transport de matériaux et d’équipements de chantier.
Une exception apparaît dans l’industrie des matériels de transport, où les perspectives de production et les commandes s’améliorent. Cette évolution reste toutefois insuffisante pour compenser la faiblesse des autres secteurs.
Selon la FNTR, les principaux marchés clients ne sont donc toujours pas en mesure de soutenir une reprise durable du transport routier.
Moins de difficultés de recrutement, mais une pénurie loin d’être résolue
La dégradation de l’activité se répercute également sur l’emploi. Les indicateurs de la FNTR montrent un recul des effectifs de conducteurs au troisième trimestre, tandis que les perspectives pour les mois suivants restent orientées à la baisse.
Parallèlement, les difficultés de recrutement diminuent sensiblement.
Selon les données de l’INSEE reprises dans le rapport, 29,2 % des transporteurs déclaraient rencontrer des difficultés pour recruter en juillet 2026, contre 48,4 % deux ans auparavant. L’écart atteint ainsi 19,2 points de pourcentage.
Cette amélioration apparente ne signifie toutefois pas que le secteur a résolu son problème structurel de main-d’œuvre.
La FNTR souligne que les entreprises réduisent ou reportent leurs recrutements principalement en raison du manque d’activité et de visibilité économique. Le vieillissement des effectifs, les contraintes du métier et les besoins futurs liés à la transition énergétique demeurent des enjeux importants.
Autrement dit, les tensions sur le recrutement s’atténuent parce que les entreprises embauchent moins, et non parce que les difficultés de fond ont disparu.
Investissements : la trésorerie passe avant la modernisation des flottes
Autre signal préoccupant : les investissements repartent à la baisse au troisième trimestre et demeurent nettement inférieurs à leur moyenne de longue période.
Les dépenses engagées concernent principalement le renouvellement des véhicules existants, plutôt que l’augmentation des capacités de transport.
La faiblesse des marges, les coûts de financement élevés et le manque de visibilité incitent les entreprises à reporter leurs projets de développement.
Cette prudence pourrait avoir des conséquences à plus long terme. La FNTR avertit que le sous-investissement risque de ralentir la modernisation technologique des flottes, de retarder les dépenses nécessaires à la décarbonation et de limiter les futurs gains de productivité.
L’indicateur d’incertitude économique ressenti par les transporteurs est lui aussi reparti à la hausse, retrouvant les niveaux observés au printemps 2026.
Pour de nombreuses entreprises, la préservation de la trésorerie prend ainsi le pas sur les projets d’expansion ou de transformation.
Un moral des dirigeants au plus bas depuis 2015
Ces difficultés se reflètent dans le baromètre de confiance de la FNTR.
Au troisième trimestre 2026, 78 % des dirigeants interrogés se déclarent insatisfaits de la situation de leur entreprise, tandis que 11 % adoptent une position d’attente.
Il s’agit du résultat le plus défavorable depuis la création du baromètre en 2015. Selon la fédération, la dégradation du moral dépasse désormais celle enregistrée pendant la crise sanitaire.
Le rapport replace également cette situation dans un environnement économique français fragilisé. D’après les données Altares citées par la FNTR, 14 652 défaillances d’entreprises, tous secteurs confondus, ont été enregistrées au troisième trimestre 2026. Sur douze mois glissants, leur nombre approche les 72 000.
Pour la fédération, le transport routier de marchandises reste confronté à une double crise : celle de la rentabilité, liée à la compression des marges, et celle de la visibilité, qui freine les décisions d’embauche et d’investissement.
La FNTR appelle notamment à sécuriser les mécanismes de répercussion des coûts et à soutenir l’investissement afin de rétablir les conditions d’une reprise durable.









