Les principaux enseignements :
- France : Allianz Trade prévoit 71 000 défaillances d’entreprises en 2026 (+3 %), puis environ 71 400 en 2027. Près de 268 000 emplois pourraient être exposés au risque d’insolvabilité.
- Transport européen : les déclarations de faillite dans le secteur du transport et de l’entreposage ont augmenté de 11,4 % au deuxième trimestre 2026, contre 5,7 % pour l’ensemble de l’économie de l’UE.
- Allemagne : les insolvabilités d’entreprises devraient atteindre 25 900 cas en 2026 (+8 %), leur plus haut niveau depuis 2013.
- Transporteurs : en Belgique, 297 entreprises de transport routier de marchandises sont devenues insolvables sur les neuf premiers mois de l’année. En Roumanie, les défaillances dans le secteur ont bondi de 73 % en septembre.
- Risques financiers : la hausse des coûts énergétiques et les difficultés de financement fragilisent les marges des transporteurs. Les grandes insolvabilités accroissent également les risques d’impayés pour leurs sous-traitants.
France : 71 000 défaillances attendues en 2026, un nouveau record
Les perspectives restent préoccupantes pour les entreprises françaises.
Selon l’étude « Perspectives mondiales des insolvabilités 2028 », publiée le 27 octobre 2026 par Allianz Trade, 71 000 défaillances d’entreprises pourraient être enregistrées en France cette année, contre 68 688 en 2025, soit une hausse de 3 %.
La tendance ne devrait pas s’inverser rapidement. Pour 2027, l’assureur-crédit prévoit une nouvelle progression, avec environ 71 400 défaillances.
La France se dirige ainsi vers des niveaux record, dans un contexte de croissance économique modérée, de coûts d’exploitation élevés et de conditions de financement toujours contraignantes.
Les conséquences potentielles dépassent le seul périmètre des entreprises concernées.
Selon les estimations d’Allianz Research, environ 268 000 emplois pourraient être exposés au risque d’insolvabilité en France, soit davantage qu’en Allemagne (239 000) et au Royaume-Uni (213 000).
Ces chiffres proviennent de modèles de prévision. Ils correspondent à des emplois potentiellement concernés par les défaillances d’entreprises, et non à des suppressions de postes certaines ou déjà annoncées.
Pour les entreprises françaises de transport et de logistique, cette évolution constitue également un risque commercial. La défaillance d’un donneur d’ordre, d’un commissionnaire ou d’un partenaire peut entraîner des retards de paiement, voire des créances irrécouvrables, et fragiliser la trésorerie des prestataires.
Le transport européen davantage touché que les autres secteurs
La détérioration de la situation financière des entreprises ne concerne pas uniquement la France.
Les données d’Eurostat pour les deux premiers trimestres de 2026 mettent en évidence une progression particulièrement marquée des faillites dans le transport et l’entreposage.
Après un recul de 2,4 % au premier trimestre, le nombre désaisonnalisé de déclarations de faillite dans l’Union européenne a augmenté de 5,7 % au deuxième trimestre.
Dans le secteur du transport et de l’entreposage, la hausse atteint 11,4 %, soit presque le double de celle enregistrée pour l’ensemble de l’économie.
À l’inverse, les déclarations de faillite ont diminué de 1,7 % dans la construction et de 1,2 % dans le commerce de détail.
L’indice européen des faillites a ainsi atteint son niveau le plus élevé depuis le début de la série comparable, en 2019.
Il convient toutefois de distinguer ces statistiques des prévisions d’Allianz Trade. Les données d’Eurostat correspondent à des variations trimestrielles désaisonnalisées, tandis que celles de l’assureur-crédit portent notamment sur des évolutions annuelles.
Elles convergent néanmoins sur un point : la pression financière ne touche pas tous les secteurs de la même manière, et le transport figure parmi les activités particulièrement exposées.
Allemagne : les insolvabilités au plus haut depuis 2013
La situation allemande illustre également l’ampleur des difficultés rencontrées par les entreprises européennes.
Allianz Trade prévoit 25 900 insolvabilités d’entreprises en Allemagne en 2026, soit une hausse de 8 % sur un an. Il s’agirait du niveau le plus élevé depuis 2013.
Cette prévision marque une nette dégradation par rapport aux estimations publiées au printemps, qui anticipaient encore une progression limitée à 2 %.
Milo Bogaerts, directeur général d’Allianz Trade pour l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse, explique :
Les insolvabilités d’entreprises en Allemagne devraient fortement augmenter en 2026 et atteindre 25 900 cas. Il s’agirait du niveau le plus élevé depuis 13 ans. Le transport et la logistique, le bâtiment, l’hôtellerie-restauration, ainsi que l’automobile et la construction mécanique sont particulièrement touchés.
La tendance s’inscrit dans une dégradation qui dure depuis plusieurs années.
L’Allemagne avait enregistré 17 814 insolvabilités d’entreprises en 2023, puis 21 812 en 2024 et 24 064 en 2025.
Si les prévisions se confirment, le niveau de 2026 dépasserait de 85 % celui de 2021 et serait supérieur d’environ 30 % à la moyenne observée entre 2016 et 2019.
L’assureur-crédit évoque plusieurs facteurs : une croissance économique atone, les incertitudes géopolitiques, les coûts élevés de l’énergie et de l’exploitation, ainsi que des problèmes structurels, notamment le manque de main-d’œuvre qualifiée.
Le transport et l’entreposage particulièrement exposés
Les données sectorielles allemandes confirment cette pression.
Au premier semestre 2026, les insolvabilités dans le transport et l’entreposage ont augmenté de 8 % sur un an, contre 5 % pour l’ensemble de l’économie.
L’hôtellerie-restauration a enregistré une hausse de 14 %, le commerce de détail de 6 % et la construction de 2 %. Dans l’industrie, les insolvabilités ont légèrement diminué, de 1 %.
Pour 2027, Allianz Trade ne prévoit pas d’amélioration significative en Allemagne. Le nombre d’insolvabilités devrait se maintenir autour de 25 900 cas.
Une stabilisation à un niveau aussi élevé ne constituerait donc pas un véritable redressement.
Belgique et Roumanie : les transporteurs sous pression
Les difficultés financières des entreprises de transport apparaissent également dans d’autres pays européens.
En Belgique, les petites flottes semblent particulièrement vulnérables.
Selon les données de l’Institut belge du transport routier et de la logistique (ITLB), relayées par trans.iNFO en octobre, 297 entreprises de transport routier de marchandises sont devenues insolvables entre janvier et septembre 2026, contre 284 sur la même période de 2025.
Parmi les 80 entreprises défaillantes pour lesquelles des données étaient disponibles au troisième trimestre, 58 exploitaient au maximum cinq véhicules.
L’organisation professionnelle Transport & Logistiek Vlaanderen (TLV) pointe plusieurs difficultés : la hausse des coûts d’exploitation, la difficulté à répercuter ces augmentations dans les tarifs de transport et les factures impayées.
Cette dégradation sectorielle contraste avec les prévisions nationales d’Allianz Trade, qui table sur une quasi-stabilité des insolvabilités en Belgique en 2026, autour de 11 700 cas, tous secteurs confondus.
La Roumanie présente une situation encore plus préoccupante.
Selon Sierra Quadrant, société spécialisée dans les procédures d’insolvabilité et les restructurations, les faillites dans le transport routier de marchandises ont augmenté de 73 % en septembre 2026.
Au total, 869 nouvelles procédures concernant des entreprises et des travailleurs indépendants, tous secteurs confondus, ont été enregistrées dans le pays ce mois-là, un niveau mensuel inédit depuis plusieurs années.
L’analyse identifie plusieurs facteurs : la hausse des coûts énergétiques, le ralentissement de la demande, l’augmentation de la fiscalité et le renchérissement du financement.
Sierra Quadrant estime que la pression sur les entreprises pourrait atteindre son point culminant au premier trimestre 2027.
Pour l’ensemble de l’économie roumaine, Allianz Trade prévoit environ 8 200 insolvabilités en 2026, soit une hausse de 9 %.
Défaillances d’entreprises : des évolutions très contrastées en Europe
Les prévisions d’Allianz Trade montrent que la hausse des insolvabilités n’est pas uniforme en Europe.
La France, l’Allemagne et la Roumanie devraient enregistrer de nouvelles augmentations en 2026. À l’inverse, plusieurs pays pourraient connaître une diminution des procédures.
Insolvabilités d’entreprises en Europe : bilan 2025 et prévisions 2026
| Pays | 2025 | Prévisions 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| France | 68 688 | 71 000 | +3 % |
| Allemagne | 24 064 | 25 900 | +8 % |
| Belgique | 11 685 | 11 700 | 0 % |
| Italie | 12 093 | 11 850 | −2 % |
| Espagne | 5 604 | 5 470 | −2 % |
| Pologne | 5 492 | 5 200 | −5 % |
| Roumanie | 7 553 | 8 200 | +9 % |
| Hongrie | 14 388 | 11 300 | −21 % |
| Royaume-Uni | 26 745 | 25 600 | −4 % |
Source : Allianz Trade, « Perspectives mondiales des insolvabilités 2028 », 27 octobre 2026. Les données de 2025 sont des résultats enregistrés, celles de 2026 des prévisions. Tous les secteurs économiques sont pris en compte. Les chiffres nationaux ne sont pas entièrement comparables en raison des différences entre les procédures d’insolvabilité.
Le contraste est particulièrement marqué entre la France et l’Allemagne, où les défaillances continueraient de progresser, et la Hongrie, où Allianz Trade prévoit une baisse de 21 %.
La Pologne pourrait enregistrer une diminution de 5 %, tandis que l’Italie et l’Espagne afficheraient chacune un recul de 2 %.
Ces baisses ne signifient toutefois pas nécessairement un retour à la normale. Dans plusieurs pays, les insolvabilités restent à des niveaux élevés par rapport à la période précédant la crise sanitaire.
Pour les transporteurs internationaux, les risques ne se limitent donc pas à la situation économique de leur propre pays. La santé financière des clients, des commissionnaires et des partenaires commerciaux à l’étranger devient tout aussi importante.
Hausse de l’énergie : jusqu’à dix points de marge nette menacés dans le transport routier
Au-delà de la multiplication des faillites, Allianz Research alerte sur les conséquences financières de la hausse des coûts énergétiques.
Selon l’étude, les coûts de l’énergie ont progressé d’environ 60 % depuis janvier 2026.
Les analystes ont modélisé les effets potentiels de cette augmentation sur les marges des entreprises de différents secteurs.
Le transport routier européen figure parmi les activités les plus exposées.
Dans le scénario étudié, la baisse potentielle des marges nettes pourrait atteindre environ dix points de pourcentage pour le transport routier européen.
Aux États-Unis, l’impact théorique serait encore plus important pour le transport routier, avec une diminution pouvant atteindre 15 points de pourcentage. Pour le transport aérien, le modèle fait apparaître une baisse potentielle d’environ 17 points de pourcentage, aussi bien en Europe qu’aux États-Unis.
Ces résultats correspondent à des effets théoriques maximaux issus d’un modèle économique. Ils ne signifient pas que l’ensemble des transporteurs a effectivement perdu dix points de marge nette.
L’impact réel dépend notamment de la capacité des entreprises à répercuter la hausse des dépenses dans leurs tarifs ou à la compenser par des gains d’efficacité.
Pour les transporteurs, le risque reste néanmoins important.
Lorsque les prix du carburant et les autres charges d’exploitation augmentent sans ajustement équivalent des tarifs de transport, la rentabilité se dégrade.
Les mécanismes d’indexation contractuelle peuvent contribuer à limiter cette pression, mais leur efficacité dépend des conditions négociées avec les donneurs d’ordre.
Le coût du financement constitue une autre difficulté.
Allianz Research estime qu’une augmentation d’un point de pourcentage des taux des crédits bancaires entraînerait environ 7 milliards d’euros de charges d’intérêts annuelles supplémentaires pour les entreprises allemandes.
Les PME, en particulier celles qui disposent de réserves financières limitées, apparaissent particulièrement exposées à ces tensions.
Les grandes faillites menacent aussi les sous-traitants
La crise ne concerne pas uniquement les petites entreprises.
Allianz Trade a recensé 376 insolvabilités de grandes entreprises dans le monde entre janvier et septembre 2026, parmi des sociétés réalisant plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.
Cela représente en moyenne plus d’une insolvabilité majeure toutes les 18 heures.
L’Europe occidentale concentre 229 de ces cas.
Le transport connaît lui aussi une dégradation sensible.
Au cours des neuf premiers mois de 2026, 18 grandes entreprises de transport sont devenues insolvables dans le monde, dont 12 en Europe occidentale.
À titre de comparaison, seulement 11 cas avaient été recensés à l’échelle mondiale sur l’ensemble de l’année 2025.
Cette progression alimente le risque d’effet domino dans les chaînes d’approvisionnement.
Lorsqu’une grande entreprise ne peut plus honorer ses engagements financiers, ses transporteurs sous-traitants, fournisseurs et prestataires logistiques peuvent à leur tour subir des pertes importantes.
Même une entreprise dont le carnet de commandes reste bien rempli peut se retrouver fragilisée si un client majeur cesse de payer ses factures.
La loi Gayssot française citée comme exemple en Belgique
Le débat sur la protection des sous-traitants en Belgique illustre cette problématique.
Après la faillite de l’entreprise de logistique Ziegler, Transport & Logistiek Vlaanderen a signalé que de petits transporteurs attendaient toujours le paiement de prestations déjà réalisées.
L’organisation demande l’adoption d’un dispositif inspiré de la loi Gayssot française, qui permet, sous certaines conditions, à un transporteur d’exercer une action directe en paiement contre l’expéditeur ou le destinataire.
Pour les transporteurs, ce type de mécanisme peut représenter une protection supplémentaire lorsque leur cocontractant rencontre des difficultés financières.
La multiplication des grandes insolvabilités rappelle ainsi que la gestion du risque client devient un enjeu central pour les entreprises de transport, au même titre que la maîtrise des coûts opérationnels.
Pas de véritable amélioration attendue avant 2028
Les perspectives mondiales publiées par Allianz Trade ne laissent pas entrevoir de retour rapide à la normale.
Selon les prévisions, les insolvabilités d’entreprises devraient augmenter de 5 % dans le monde en 2026, puis de 1 % supplémentaire en 2027.
Une légère baisse de 1 % n’est attendue qu’en 2028.
En Allemagne, l’assureur-crédit anticipe un recul de 5 % des insolvabilités en 2028, à environ 24 600 cas. Cette amélioration pourrait résulter d’un relâchement des pressions économiques et des effets des mesures budgétaires.
Même dans ce scénario, le nombre de défaillances allemandes resterait nettement supérieur à celui observé avant la pandémie.
Pour la France, les prévisions disponibles annoncent encore une hausse des défaillances en 2027, avec environ 71 400 procédures.
Pour les entreprises de transport et de logistique, les perspectives restent donc étroitement liées à l’évolution des coûts, à l’accès au financement et à la solvabilité de leurs partenaires.
La multiplication des faillites ne constitue plus seulement un indicateur de la santé économique des entreprises : elle devient aussi un facteur de risque pour l’ensemble des chaînes de transport et de sous-traitance.









