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Comment évaluer les entrepôts et transporteurs de fret sensible

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Une marque peut consacrer des millions à la qualité de ses produits, à son marketing, à la protection de sa propriété intellectuelle et à sa réputation. Mais dès que les marchandises quittent son environnement maîtrisé, la sécurité des marchandises dépend aussi des entrepôts, des opérateurs logistiques et des transporteurs auxquels elles sont confiées. Pour les produits de valeur, il est donc indispensable de savoir comment ces partenaires travaillent réellement, au-delà de leurs tarifs et de leurs performances passées.

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Évaluer les partenaires qui gèrent des marchandises de valeur : les points essentiels

  • La valeur d’une marchandise ne se résume pas au montant de la facture. Son attractivité pour les réseaux criminels, sa facilité de revente et l’itinéraire emprunté influent également sur le niveau de risque.
  • Une relation commerciale ancienne ne dispense pas de nouvelles vérifications. Un changement d’actionnariat, d’entrepôt, de sous-traitant ou de prestataire de sécurité doit conduire à réévaluer les risques.
  • Le questionnaire décrit les protections qu’un partenaire affirme avoir mises en place. L’audit permet de vérifier si elles fonctionnent réellement sur le terrain.
  • Les certifications TAPA FSR et TSR contribuent à structurer les exigences de sûreté, mais il faut contrôler leur périmètre, le site concerné et les opérations couvertes.
  • Les vérifications de sécurité doivent s’inscrire dans la durée, avec des audits réguliers et un contrôle des sous-traitants utilisés par le transporteur.

Cette vigilance concerne notamment les marchandises de valeur, les produits électroniques, les cosmétiques, les articles de luxe et les collections de mode. Ces produits intéressent les malfaiteurs non seulement pour leur prix, mais aussi parce qu’ils sont faciles à transporter, à fractionner et à revendre. La notoriété d’une marque peut encore accroître leur attractivité.

Il serait donc réducteur de définir le fret sensible uniquement à partir de sa valeur facturée. Pour évaluer l’exposition au risque, il faut aussi tenir compte de l’intérêt du produit pour les criminels, de la rapidité avec laquelle il peut être écoulé, de l’itinéraire, du lieu de stockage, de la saison et du modèle de distribution.

Une question s’impose alors : connaissons-nous vraiment les entreprises qui manipulent et transportent nos marchandises ?

Une relation de longue date ne remplace pas les contrôles

Dans beaucoup d’entreprises, un même argument revient : « Nous travaillons avec ce prestataire depuis dix ans et nous n’avons jamais rencontré de problème. » La confiance construite au fil du temps a bien sûr de la valeur. Elle facilite la coopération, améliore la compréhension mutuelle et peut nourrir l’évaluation d’un partenaire. Elle ne doit toutefois pas se substituer à des vérifications régulières.

L’entreprise avec laquelle la collaboration a commencé il y a dix ans ne fonctionne peut-être plus de la même manière aujourd’hui. Son propriétaire a pu changer, ou elle a pu connaître une fusion ou une acquisition. La direction, le responsable de la sécurité ou l’organisation opérationnelle peuvent avoir évolué. Le site logistique a peut-être déménagé, de nouveaux sous-traitants ont pu être mandatés, les effectifs affectés à la sûreté ont pu être réduits, le prestataire de surveillance remplacé ou le recours à des transporteurs externes accru.

Ces évolutions entraînent-elles automatiquement une réévaluation des risques ? Souvent, non. Le prestataire reste inscrit sur la liste des fournisseurs approuvés parce qu’il y figure depuis des années. Les documents sont actualisés, une attestation d’assurance est fournie, le contrat est renouvelé et l’activité se poursuit. Pourtant, une question essentielle demeure : travaillons-nous encore avec l’organisation qui avait été évaluée au départ ?

La confiance doit reposer sur des preuves

Les contrôles de sûreté ne devraient pas être limités à la phase qui précède la signature du premier contrat.

La vérification des partenaires doit être renouvelée selon un calendrier défini. Certains changements doivent également déclencher une réévaluation immédiate. Un changement d’actionnariat, de site, de sous-traitant clé, de système de sécurité ou de mode opératoire n’est pas une simple formalité administrative : il peut modifier directement le niveau de protection accordé aux marchandises.

L’enjeu est encore plus important pour le fret de valeur. La bonne question n’est pas seulement : « Connaissons-nous cette entreprise ? » Il faut plutôt se demander : « Savons-nous comment elle fonctionne aujourd’hui ? » Ces deux interrogations n’appellent pas la même réponse.

Les caméras ne sont que le point de départ de la sûreté d’un entrepôt

Lorsqu’un entrepôt est évalué, l’une des erreurs les plus fréquentes consiste à vérifier uniquement si des dispositifs de sécurité existent. La liste peut sembler rassurante :

  • Le site est-il équipé d’un système de vidéosurveillance ? Oui.
  • Un système d’alarme est-il installé ? Oui.
  • Les accès sont-ils contrôlés ? Oui.
  • Le site est-il clôturé ? Oui.

Sur le papier, tout paraît en ordre. Mais la présence d’un dispositif ne permet pas, à elle seule, d’en mesurer l’efficacité.

Il faut surtout comprendre comment chaque mesure fonctionne en pratique. Parmi les questions à poser :

  • La vidéosurveillance couvre-t-elle toutes les zones sensibles, notamment les quais et les points de chargement ?
  • Combien de temps les enregistrements sont-ils conservés ?
  • Qui est autorisé à les consulter ?
  • Le système d’alarme est-il surveillé en permanence et qui intervient en cas d’alerte en dehors des heures ouvrées ?
  • Comment les badges sont-ils attribués, suivis puis désactivés ?
  • Les droits d’accès des anciens salariés sont-ils désactivés immédiatement ?
  • Les intérimaires peuvent-ils accéder aux zones où sont stockés les produits de valeur ?

La procédure de remise des marchandises est tout aussi déterminante. L’entrepôt doit savoir quelle entreprise est chargée de l’enlèvement, quel véhicule est attendu et quel conducteur se présente. Toute modification imprévue concernant le chauffeur, l’immatriculation ou le transporteur doit entraîner des contrôles supplémentaires. L’urgence du départ ne doit pas conduire à accepter automatiquement un changement.

Le questionnaire de sécurité consigne les mesures de protection déclarées par le partenaire. L’audit, lui, permet d’observer leur fonctionnement dans les conditions réelles d’exploitation.

Une licence et une assurance ne suffisent pas pour valider un transporteur

Le même raisonnement vaut pour la qualification des transporteurs. Vérifier la licence, l’assurance et les informations générales sur l’entreprise est indispensable. Pour un transport présentant un risque élevé, ces contrôles ne constituent cependant que le début de l’évaluation.

Il faut notamment comprendre comment le transporteur protège les informations relatives aux expéditions, forme ses conducteurs et gère les incidents. Les donneurs d’ordre doivent aussi demander où les conducteurs sont autorisés à s’arrêter, comment les véhicules sont suivis et qui intervient lorsqu’une alerte est déclenchée en pleine nuit. La technologie reste insuffisante si aucune procédure efficace ne définit la réponse à apporter.

La sous-traitance mérite une attention particulière. L’entreprise contrôlée n’est pas toujours celle qui réalise physiquement le transport. Il faut donc déterminer si le transporteur peut confier une mission à un autre prestataire, dans quelles conditions, qui évalue ce sous-traitant et si les exigences de sécurité du client s’appliquent à toutes les parties intervenant dans l’acheminement.

Lorsqu’une norme précise est exigée du partenaire direct, cette exigence doit s’appliquer à l’ensemble de la chaîne de transport.

Une certification ne clôt pas le processus de vérification

Les référentiels TAPA FSR pour les sites logistiques et TAPA TSR pour le transport peuvent constituer des éléments utiles d’un dispositif de gestion de la sûreté. Ils contribuent à formaliser les exigences et offrent un cadre commun aux entreprises et à leurs partenaires.

L’évaluation ne doit toutefois pas se résumer à une réponse positive ou négative sur l’existence d’une certification. Il faut vérifier les activités couvertes, le site auquel elle s’applique et son adéquation avec les opérations qui prendront concrètement en charge les marchandises. Le contrôle doit refléter le risque réel et ne pas devenir une simple case cochée sur un formulaire fournisseur.

Un audit avant contrat n’est que le début

Imaginons qu’un entrepôt ait fait l’objet d’un audit détaillé avant le début de la collaboration. Les exigences étaient respectées, les procédures fonctionnaient correctement et les infrastructures correspondaient au niveau de risque identifié.

Cinq ans plus tard, la relation commerciale est toujours active. Mais l’entrepôt a-t-il été inspecté depuis ? Le système de caméras couvre-t-il encore les mêmes zones ? Les modes opératoires ont-ils évolué ? Le nombre d’intérimaires a-t-il fortement augmenté ? La gestion des accès est-elle toujours organisée de la même façon ? Le prestataire de sécurité a-t-il changé ? De nouveaux sous-traitants ont-ils été ajoutés ?

La sécurité n’est pas un état acquis une fois pour toutes. Elle doit être entretenue dans le temps. Une gestion rigoureuse des partenaires doit donc prévoir, au-delà de la qualification initiale, des audits périodiques, une actualisation des analyses de risques et de nouvelles vérifications après toute évolution importante.

Le principal risque est parfois de croire que l’on connaît son partenaire

Paradoxalement, une relation ancienne peut réduire le niveau de vigilance. Plus la collaboration dure, plus certaines garanties semblent aller de soi.

Des phrases comme « Nous avons toujours fait comme ça », « Il ne s’est jamais rien passé » ou « C’est un partenaire de confiance » sont courantes.

En matière de sûreté, elles devraient au contraire susciter de nouvelles questions, et non mettre fin à la discussion.

L’absence d’incident à ce jour ne garantit pas la sécurité à l’avenir. Les entreprises, les équipes, les technologies, les procédures et les méthodes criminelles évoluent. Les dispositifs de protection doivent évoluer avec eux.

Les propriétaires de marchandises de valeur doivent donc évaluer leurs partenaires logistiques en fonction du prix, de la qualité du service et de la ponctualité, mais aussi intégrer durablement la sûreté à la gestion de la relation fournisseur.

Il ne s’agit pas de renoncer à la confiance. Au contraire, il faut instaurer une relation dans laquelle celle-ci est régulièrement confirmée par des éléments concrets. La question essentielle n’est pas : « Avons-nous contrôlé ce partenaire une fois ? » Elle est plutôt : « Le choisirions-nous encore si nous l’évaluions aujourd’hui ? »

Cet article appartient à une série consacrée à l’évolution des vols de marchandises et aux enjeux de sûreté dans le transport. La série analyse le fonctionnement des réseaux criminels et les moyens dont disposent les entreprises pour protéger leurs chargements et leurs conducteurs. Tous les articles sont disponibles sous le #sécurite transport.

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