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Décarbonation du transport routier : les chargeurs de l’AUTF privilégient un mix de solutions

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Les chargeurs français avancent dans la décarbonation de leurs transports, mais l’électrification reste freinée par les coûts et les contraintes opérationnelles. Selon une enquête de l’Association des utilisateurs de transport de fret (AUTF), présentée le 14 octobre 2026 au salon Top Transport Marseille, plus de 80 % des entreprises interrogées n’ont pas identifié de solutions leur permettant de respecter les futurs quotas de transport routier électrique envisagés par les pouvoirs publics.

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L’essentiel en bref

  • Deux tiers des chargeurs interrogés affichent une maturité avancée en matière de décarbonation et 72 % suivent régulièrement les émissions de leurs transports routiers.
  • L’optimisation des flux arrive en tête des leviers privilégiés, devant les carburants alternatifs et le report modal.
  • La moitié des chargeurs ayant reçu des offres de transport électrique font état de surcoûts compris entre 11 % et 30 % par rapport au diesel.
  • Plus de 80 % des répondants n’ont pas encore identifié de trajectoire permettant d’atteindre les quotas d’électrification envisagés dans le projet de loi-cadre sur les transports.

Des chargeurs engagés dans la réduction des émissions

Menée entre avril et septembre 2026 auprès de près de 100 entreprises, principalement des ETI et des grands groupes issus de l’industrie, de la distribution et des biens de consommation, l’enquête de l’AUTF témoigne d’une progression des pratiques de décarbonation du transport routier de marchandises (TRM).

Deux tiers des répondants déclarent avoir engagé une démarche structurée de réduction des émissions, voire intégré pleinement les enjeux carbone dans leurs décisions opérationnelles. Cette mobilisation intervient alors que le transport routier représente un poste d’émissions significatif mais secondaire pour 54 % des entreprises interrogées, contre 33 % qui le considèrent comme prioritaire.

La mesure des émissions est désormais bien installée dans les pratiques. Ainsi, 72 % des chargeurs suivent régulièrement les émissions de gaz à effet de serre de leurs flux routiers, tandis que plus des deux tiers ont formalisé des objectifs de réduction. Les données collectées alimentent le reporting extra-financier, mais servent également à orienter les décisions logistiques pour plus de 70 % des répondants.

La coopération avec les transporteurs se renforce

L’étude met également en évidence une évolution des relations commerciales entre chargeurs et transporteurs. Près de 70 % des entreprises interrogées ont engagé des discussions avec leurs prestataires sur la décarbonation, dont plus d’un tiers dans le cadre de partenariats structurés.

Le partage des coûts et des risques devient progressivement un élément de la relation contractuelle. Deux tiers des répondants déclarent déjà supporter des surcoûts liés au recours à des solutions de transport moins émettrices. Plus de 40 % envisagent d’allonger la durée de leurs engagements contractuels, tandis qu’un chargeur sur cinq participe ou pourrait participer aux investissements nécessaires à la transition.

Ces évolutions traduisent la nécessité de sécuriser les volumes et les engagements financiers des transporteurs, notamment lorsque ceux-ci doivent renouveler leurs flottes ou investir dans de nouvelles motorisations.

L’optimisation logistique reste le premier levier de décarbonation

L’électrification ne constitue pas, aux yeux des chargeurs, une réponse unique aux objectifs climatiques. Plus de 80 % privilégient d’abord l’optimisation des flux et l’amélioration des taux de remplissage, des mesures qui permettent de réduire les émissions tout en recherchant des gains d’efficacité opérationnelle.

Les carburants alternatifs, notamment les biocarburants et le biogaz, sont cités par près des trois quarts des entreprises. Le report modal recueille également l’intérêt de plus de 60 % des répondants, tandis que près d’une entreprise sur deux considère le transport routier électrique comme un levier potentiel.

Cette hiérarchie illustre la volonté des donneurs d’ordre de conserver plusieurs options technologiques et opérationnelles, adaptées à la diversité de leurs chaînes logistiques.

Le camion électrique confronté à ses limites économiques

Si l’intérêt pour l’électrification progresse, son déploiement reste concentré sur des configurations spécifiques. Plus de la moitié des répondants ont identifié des flux potentiellement électrifiables, principalement sur des trajets en boucle, des courtes distances et des opérations du dernier kilomètre. À l’inverse, le transport longue distance apparaît encore peu adapté dans les conditions actuelles, et près de 20 % des entreprises n’ont identifié aucun flux électrifiable.

Le principal obstacle demeure économique. Parmi les chargeurs ayant reçu des offres de transport électrique, la moitié signalent des tarifs supérieurs de 11 % à 30 % à ceux du diesel. Seuls 11 % font état de coûts équivalents. Plus d’un répondant sur deux anticipe des difficultés importantes pour adapter son modèle économique.

L’AUTF précise toutefois que les bonifications des fiches de certificats d’économies d’énergie (CEE), entrées en vigueur en juin 2026, sont intervenues pendant la réalisation de l’enquête.

Aux écarts tarifaires s’ajoutent la disponibilité encore limitée des véhicules et des infrastructures de recharge, les contraintes d’autonomie, les temps d’immobilisation et les spécificités de certaines marchandises. Les chargeurs réclament également davantage de transparence sur le coût total de possession des camions électriques et une meilleure coordination entre le déploiement des flottes et celui des bornes, notamment sur les sites industriels et logistiques.

Les futurs quotas d’électrification suscitent des inquiétudes

C’est sur le terrain réglementaire que les résultats de l’enquête font apparaître les tensions les plus marquées. Alors que le projet de loi-cadre sur les transports envisage d’introduire des quotas croissants de transport routier électrique pour les donneurs d’ordre, plus de 80 % des chargeurs interrogés n’ont pas identifié les solutions nécessaires pour respecter ces futures obligations.

Seuls 17 % déclarent avoir déterminé au moins une partie de la trajectoire leur permettant d’atteindre les objectifs envisagés.

Les entreprises demandent donc un calendrier progressif, tenant compte des contraintes propres aux différents secteurs d’activité, ainsi qu’une meilleure visibilité sur les conditions économiques et contractuelles de l’électrification. Elles souhaitent également que les carburants alternatifs et le report modal soient reconnus parmi les leviers de décarbonation, dans le cadre d’une approche coordonnée à l’échelle européenne.

Pour l’AUTF, les résultats de cette consultation plaident ainsi pour une transition fondée sur la complémentarité des solutions plutôt que sur la seule électrification. L’enjeu est désormais de concilier les objectifs de réduction des émissions avec les capacités d’investissement des entreprises, la disponibilité des infrastructures et les réalités opérationnelles du transport de marchandises.

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