Le sujet agite le transport routier espagnol depuis 2025, lorsque les grandes lignes de la réforme ont été dévoilées. Malgré l’opposition des transporteurs, le ministère n’a pas renoncé à inclure les véhicules professionnels dans le périmètre de l’interdiction. Les organisations professionnelles dénoncent une approche qu’elles jugent excessive et peu adaptée aux conditions réelles du travail sur la route.
Le texte franchit une nouvelle étape
Le ministère de la Santé a saisi le Conseil économique et social, qui doit rendre un avis obligatoire avant que le projet ne soit présenté au Conseil des ministres. Ce n’est qu’après un feu vert du gouvernement que le texte pourrait être débattu au Parlement.
Dans sa version actuelle, le projet maintient l’interdiction de fumer dans les véhicules affectés au transport professionnel : les cabines de camions seraient donc concernées. En revanche, aucune mesure équivalente n’est prévue pour les voitures particulières.
C’est précisément ce traitement différencié que Fenadismer conteste.
Les transporteurs dénoncent une règle à géométrie variable
Pour Fenadismer, la logique des règles antitabac doit avant tout viser la protection des non-fumeurs contre la fumée passive, notamment les enfants et les publics vulnérables. Or, dans le transport routier de marchandises, souligne la fédération, les conducteurs travaillent le plus souvent seuls : il n’y a généralement pas de tiers dans la cabine.
L’organisation reproche surtout au projet de viser les conducteurs professionnels tout en laissant les automobilistes hors du champ. Concrètement, les usagers de voitures pourraient continuer à fumer à bord, y compris avec des passagers.
Fenadismer y voit une inégalité de traitement entre chauffeurs professionnels et autres usagers de la route.
Un impact redouté sur la sécurité routière
Selon Fenadismer, la mesure toucherait environ 300 000 conducteurs de camions et 60 000 conducteurs de fourgons.
Au-delà du principe, les transporteurs mettent en avant les conséquences possibles sur l’organisation du travail. Ils rappellent qu’un conducteur peut rouler au maximum 4,5 heures avant d’effectuer une pause obligatoire de 45 minutes.
Fenadismer avance que l’impossibilité de fumer pendant de longues heures de conduite pourrait accroître le stress et l’irritabilité chez certains conducteurs. La fédération insiste aussi sur la pénibilité du métier, souvent exercé seul pendant de nombreuses heures.
D’après les transporteurs, cela pourrait peser sur la concentration et, par ricochet, sur la sécurité sur les routes.
Une question pratique : où fumer lors des arrêts ?
Fenadismer pointe également des difficultés concrètes. Fumer est déjà interdit dans de nombreux lieux publics (bars, restaurants, aires de service). Le projet prévoit d’aller plus loin, notamment en étendant les restrictions aux terrasses et aux espaces extérieurs des établissements.
Conséquence, selon la fédération : les conducteurs souhaitant fumer pendant une pause disposeraient de moins en moins d’options légales. Certains pourraient alors chercher des endroits en dehors des infrastructures dédiées au transport routier.
Fenadismer estime que cette situation pourrait générer des risques supplémentaires, y compris en matière de sécurité, et augmenter la probabilité de départs de feu dans certains lieux.
Fenadismer dénonce une « croisade » inutile
La fédération maintient une ligne dure. Elle qualifie l’interdiction envisagée de « croisade inutile, totalement disproportionnée et discriminatoire » visant les conducteurs professionnels.
Fenadismer dit soutenir les mesures de santé publique, mais demande des règles adaptées aux conditions spécifiques du transport routier.
Les transporteurs répètent qu’interdire de fumer dans une cabine de camion ne protégerait pas de tiers puisque le conducteur est le plus souvent seul. En parallèle, ils redoutent une contrainte supplémentaire sur l’organisation du travail et des effets possibles sur la sécurité routière.
Fenadismer assure qu’elle continuera à demander la suppression de cette disposition dans la version finale. Pour l’instant, rien n’indique toutefois que le ministère de la Santé soit prêt à reculer. Le texte entrant dans une nouvelle phase du processus législatif, le secteur se prépare à un bras de fer prolongé sur ce qu’il considère comme l’un des points les plus sensibles de la réforme.









