À retenir :
- Des pêcheurs français ont bloqué des ports et des terminaux pétroliers pour protester contre la hausse du prix du diesel.
- Le gouvernement français prolonge jusqu’à la fin de 2026 certaines aides ciblées sur le carburant et promet des mesures supplémentaires pour les pêcheurs.
- Les transporteurs polonais réclament un dispositif de « carburant professionnel » permettant de récupérer une partie des taxes intégrées au prix du diesel.
- Selon la BGL, la récente hausse pourrait alourdir de 1 800 euros par mois le coût d’exploitation de chaque poids lourd en Allemagne.
- En Espagne, la CETM estime qu’un véhicule pourrait coûter environ 720 euros de plus par mois à partir d’octobre.
- Dans plusieurs pays, les organisations de transport dénoncent le même décalage : les prix du carburant augmentent plus vite que les entreprises ne peuvent réviser leurs tarifs.
Le carburant n’est plus un simple poste de coût dans les comptes des entreprises de transport. En France, le mécontentement s’est déjà transformé en blocages, tandis que les organisations de transport dans d’autres pays européens demandent des allègements fiscaux, des subventions et des mécanismes permettant de récupérer une partie du coût du diesel.
Cette pression s’explique par les perturbations qui touchent les marchés mondiaux de l’énergie. En début de semaine, le cours du Brent a atteint 109 dollars le baril, sous l’effet de nouvelles interruptions d’approvisionnement en provenance du Moyen-Orient.
Les pêcheurs bloquent des ports et des terminaux pétroliers
La France est, pour l’instant, le pays où la contestation prend la forme la plus directe. Dans le sud du pays, des pêcheurs ont notamment bloqué les ports de Nice et du Grau-du-Roi, ainsi que l’accès au terminal pétrolier de Frontignan. Une mobilisation précédente avait également visé le terminal de Fos-sur-Mer.
À Frontignan, plusieurs dizaines de pêcheurs ont empêché des camions-citernes d’entrer sur le site. Lors d’une précédente action au même endroit, les forces de l’ordre étaient intervenues. Les manifestants réclamaient principalement une baisse du coût du carburant et des mesures de nature à préserver la rentabilité de leurs entreprises.
L’aide française destinée aux pêcheurs a été portée de 25 à 35 centimes d’euro par litre. Le secteur a toutefois estimé cette hausse insuffisante et demandé une réponse durable. Après des discussions avec ses représentants, la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, a indiqué que le montant de l’aide évoluerait en fonction des prix du carburant. Des prêts sans intérêts ont également été proposés aux entreprises confrontées à des difficultés de trésorerie dans l’attente du versement de ces aides. Les pêcheurs ont ensuite accepté de lever les barrages.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a par ailleurs ordonné la prolongation des mesures de soutien ciblées liées aux prix élevés du carburant jusqu’au 31 décembre 2026. Selon le gouvernement, ces dispositifs doivent protéger l’activité économique, l’emploi et la croissance dans les secteurs les plus durement touchés par la crise.
Les Gilets jaunes pourraient-ils se remobiliser ? Rien n’est joué
La forte hausse des prix du carburant ravive en France le souvenir du mouvement des Gilets jaunes. Lancée en 2018, cette mobilisation avait notamment été déclenchée par la hausse de l’essence et du diesel. De nouveaux appels à se mobiliser circulent désormais sur les réseaux sociaux.
La date du 17 octobre revient le plus souvent, mais il serait prématuré de la présenter comme celle d’une manifestation nationale confirmée.
Le Monde a constaté que certains contenus largement relayés provenaient de comptes récemment créés sur les réseaux sociaux. À ce jour, aucune organisation officiellement reconnue des Gilets jaunes ne s’est associée à ces appels. L’auteur de la vidéo qui avait contribué à populariser la date du 17 octobre a ensuite annoncé renoncer, pour le moment, à organiser une manifestation.
La hausse du carburant est néanmoins revenue au cœur du débat public français. D’après des informations citées par la radio polonaise, les prix à la pompe en France se situent actuellement autour de 2 à 2,5 euros le litre, alors que le pouvoir d’achat reste une préoccupation majeure.
La France adopte une réponse différente face au choc des prix du carburant. Alors que les organisations de transport polonaises, allemandes et espagnoles demandent des avantages fiscaux, des subventions et des mécanismes pour limiter le coût du diesel, la colère française s’est déjà exprimée dans la rue et devant les terminaux pétroliers. Les pêcheurs sont pour l’instant en première ligne, mais la hausse du carburant relance aussi les discussions sur une éventuelle nouvelle mobilisation des Gilets jaunes.
Pologne : les transporteurs réclament un « carburant professionnel »
Aucune manifestation de rue n’a encore eu lieu en Pologne, mais la pression monte dans le transport routier. L’Association ouest-poméranienne des transporteurs routiers a demandé au ministre des Infrastructures de mettre en place un dispositif de « carburant professionnel ». Ce mécanisme permettrait aux transporteurs titulaires d’une licence de récupérer une partie des prélèvements intégrés au prix du diesel, notamment une fraction de l’accise, de la taxe sur les carburants et de la contribution liée aux émissions.
La création d’un dispositif permanent risque de prendre du temps. L’association propose donc, dans l’intervalle, une subvention directe pour chaque litre de diesel acheté, sur le modèle du dispositif dont bénéficient les agriculteurs.
Le secteur réclame également une réduction temporaire de certains prélèvements, ainsi que la possibilité de reporter le paiement des cotisations sociales et des impôts pour les entreprises dont la situation financière s’est dégradée à cause de la flambée des prix du carburant.
Selon l’Association ouest-poméranienne des transporteurs routiers, le diesel représente déjà 35 à 40 % des coûts d’exploitation des entreprises de transport.
La Chambre de commerce du Nord, à Szczecin, a présenté son propre ensemble de propositions. Elle suggère notamment de réduire temporairement la part fiscale du prix des carburants, de créer une aide ciblée pour les entreprises les plus dépendantes du carburant, d’autoriser le report de certaines dettes publiques et d’améliorer la transparence des prix affichés dans les stations-service.
Allemagne : 1 800 euros de plus par camion chaque mois
Le secteur allemand du transport routier réclame lui aussi une intervention rapide. L’Association fédérale du transport routier, de la logistique et de la gestion des déchets a écrit directement au chancelier Friedrich Merz.
La BGL estime que le prix net du diesel en Allemagne a augmenté d’environ 60 centimes d’euro par litre depuis la dernière escalade des tensions au Moyen-Orient. Pour un camion parcourant 10 000 kilomètres par mois et consommant près de 3 000 litres, cela représente 1 800 euros de dépenses supplémentaires chaque mois pour un seul véhicule.
Pour une flotte de 50 véhicules, l’organisation évalue la facture additionnelle à 90 000 euros par mois, soit 1,08 million d’euros sur un an.
La BGL réclame également la création d’un dispositif de carburant professionnel. Elle cite les mécanismes déjà en vigueur dans plusieurs pays, dont la France, l’Espagne, la Belgique, l’Italie, le Portugal, la Slovénie et la Hongrie. Dans ces États, les entreprises qui remplissent certaines conditions peuvent récupérer une partie des taxes intégrées au prix du carburant.
L’organisation allemande demande aussi une évolution du régime appliqué au coût des émissions de carbone. En revanche, elle ne considère pas qu’une baisse de la TVA sur le carburant constituerait une réponse efficace pour les entreprises qui peuvent déjà récupérer cette taxe.
Espagne : 720 euros supplémentaires par mois
Les transporteurs espagnols se préparent eux aussi à une hausse de leurs charges. La Confederación Española de Empresarios de Estaciones de Servicio prévoit qu’à partir du 1er octobre, le prix moyen du diesel vendu dans la péninsule Ibérique et aux îles Baléares pourrait augmenter de 24,20 centimes d’euro par litre.
La CETM a calculé l’impact de cette hausse pour les transporteurs. Un camion consommant environ 3 000 litres de diesel par mois entraînerait pour son exploitant un surcoût d’environ 720 euros par mois, soit plus de 8 600 euros sur un an.
L’organisation espagnole demande au gouvernement de prolonger les aides au carburant, dont le versement doit prendre fin à la fin du mois de septembre. Elle défend également le maintien de la clause obligatoire permettant d’ajuster les tarifs de fret lorsque le prix du diesel évolue.
La CETM avertit qu’un affaiblissement de ce mécanisme ferait une nouvelle fois peser sur les transporteurs le risque financier lié à des variations de prix qu’ils ne peuvent pas contrôler.








