Si certains gouvernements ont mis en place des mesures de soutien, offrant un répit partiel au secteur -, dans les pays où ces dispositifs font défaut, des protestations et des perturbations du transport commencent à se profiler.
La situation évolue rapidement et confirme que le transport routier – pilier des chaînes d’approvisionnement – reste extrêmement sensible aux fluctuations des coûts du carburant. De la Pologne à l’Espagne, en passant par la France, les autorités tentent d’atténuer l’impact, tandis que les Pays-Bas et l’Italie font face à des tensions croissantes.
Espagne : réforme tarifaire et soutien renforcé
Le ministère espagnol des Transports a mis en place un plan de soutien comprenant une modification de la formule de calcul des tarifs de transport indexée sur l’évolution des prix du carburant.
La part du coût du carburant dans le prix du transport passe ainsi de 30 % à 40 %. L’ajustement doit désormais apparaître obligatoirement sur la facture, et un mécanisme de sanctions est prévu en cas de non-respect.
Par ailleurs :
- les carburants alternatifs, comme le HVO et le biodiesel, sont intégrés au dispositif,
- les mesures sont temporaires et adaptées au contexte actuel,
- les transporteurs bénéficient d’une certaine protection face à la volatilité des marchés, notamment liée aux tensions au Moyen-Orient.
France : un soutien limité, une pression persistante
En France, le gouvernement a annoncé un plan de soutien de 50 millions d’euros, destiné principalement aux PME du secteur, incluant :
- une compensation de 0,20 euro par litre de carburant,
- des reports de cotisations sociales et fiscales,
- des prêts de trésorerie de court terme pouvant atteindre 50 000 euros pour les TPE (via Bpifrance).
Initialement prévu jusqu’en avril 2026, ce dispositif pourrait être prolongé si la situation se détériore.
Malgré ces mesures, de nombreux acteurs du secteur estiment que le soutien reste insuffisant face à l’ampleur de la hausse des coûts.
Pologne : plafonnement des prix et risque de tourisme à la pompe
La Pologne a instauré des prix plafonds pour les carburants :
- diesel : 7,60 zlotys par litre (environ 1,75 euro)
- essence 95 : 6,16 zlotys (environ 1,42 euro)
- essence 98 : 6,76 zlotys (environ 1,56 euro)
Ces mesures, en vigueur depuis le 30 mars 2026, pourraient être prolongées jusqu’à fin juin. Leur coût est estimé à 1,6 milliard de zlotys par mois (environ 370 millions d’euros).
Un effet secondaire attendu est l’augmentation du tourisme à la pompe depuis l’Allemagne, notamment dans les régions frontalières.
Pays sans soutien : tensions et protestations
Dans les pays sans intervention publique, les tensions montent rapidement :
- Pays-Bas : mobilisation prévue le 2 avril sous le slogan « Assez : 2,30 € ! »
- Italie : mobilisations nationales et grève annoncée du 20 au 25 avril
En Italie, où environ 92 % du transport de marchandises est routier, l’impact économique pourrait être rapide en cas de blocages.
Le soutien public, un facteur clé de stabilité
La situation actuelle montre clairement que, sans intervention publique, le secteur du transport devient extrêmement vulnérable aux chocs de coûts.
Les pays ayant introduit des mesures — comme l’Espagne, la France ou la Pologne — parviennent à amortir partiellement l’impact. À l’inverse, là où ces dispositifs manquent, les protestations deviennent inévitables.
Le transport européen se trouve à un moment critique, et les décisions politiques prises aujourd’hui auront des effets directs sur la stabilité des chaînes d’approvisionnement dans les mois à venir.








