Les participants à la conférence organisée par l’AFTRI le 23 septembre 2026 à Dunkerque, consacrée aux enjeux du transport routier transmanche après le Brexit. / Crédit photo : AFTRI

Transport transmanche : l’AFTRI fait le point sur les défis du secteur cinq ans après le Brexit

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Cinq ans après le Brexit, le trafic routier entre la France et le Royaume-Uni reste relativement stable, mais les formalités douanières et les contraintes opérationnelles continuent d'évoluer. Réunis à Dunkerque à l'initiative de l'Association française du transport routier international (AFTRI), plus de 70 professionnels et représentants institutionnels ont dressé un état des lieux des échanges transmanche, entre nouvelles procédures, réorganisation des flux vers l'Irlande et pénurie de conducteurs.

Organisée le 23 septembre 2026 au Kursaal de Dunkerque, cette rencontre a rassemblé transporteurs, experts et représentants d’institutions françaises, britanniques et irlandaises. Au programme : l’évolution des échanges depuis le Brexit, les formalités aux frontières, les exigences sanitaires et les difficultés de recrutement dans le transport routier.

Les interventions ont notamment permis de mettre en perspective les données du trafic transmanche avec les contraintes rencontrées quotidiennement par les entreprises du secteur.

Un trafic stable, mais des opérations douanières en pleine évolution

Selon les données présentées par les Douanes de Dunkerque, près de 1,69 million d’unités de transport sont entrées en France depuis le Royaume-Uni en 2025, tandis qu’environ 1,72 million ont circulé dans le sens inverse. Ces volumes restent proches de ceux enregistrés en 2021.

Derrière cette stabilité apparente, la répartition des opérations douanières a toutefois sensiblement évolué.

À l’importation dans l’Union européenne, le nombre d’opérations de dédouanement est passé de 273 372 en 2021 à 434 955 en 2025, soit une augmentation d’environ 59 %. Dans le même temps, les opérations de transit ont diminué, passant d’environ 1,05 million à 908 000.

À la sortie de l’Union européenne, la tendance est différente. Les opérations de dédouanement ont légèrement reculé, de 1,24 million à environ 1,18 million, tandis que les opérations de transit ont plus que doublé, passant d’environ 115 000 à 267 000.

Ces évolutions illustrent les changements intervenus dans l’organisation des flux douaniers, alors même que les volumes physiques de transport restent relativement constants.

ELO, GMR et contrôles sanitaires : des formalités à anticiper

La préparation documentaire des traversées a occupé une place importante dans les échanges organisés par l’AFTRI.

Depuis le 20 avril 2026, la présentation d’une enveloppe logistique obligatoire (ELO) est exigée pour les unités de transport utilisant la frontière intelligente entre la France et le Royaume-Uni. Ce dispositif regroupe les références et informations nécessaires aux formalités douanières et de sûreté-sécurité sous un code-barres unique.

Du côté britannique, le Goods Movement Reference (GMR) permet également de rassembler les références nécessaires au passage de la frontière. Les déclarations de sûreté et de sécurité (ENS) constituent une autre obligation à prendre en compte.

Pour les transporteurs et les commissionnaires en douane, la coordination entre les différents acteurs de la chaîne logistique reste donc essentielle avant l’embarquement.

Les formalités douanières ne sont cependant pas les seules à pouvoir conditionner la poursuite du trajet.

En 2025, près de 44 000 unités de transport arrivant du Royaume-Uni, soit 5,5 % des unités chargées à l’importation, transportaient des marchandises soumises à des exigences sanitaires et phytosanitaires.

Le SIVEP de Dunkerque et l’Ambassade de France au Royaume-Uni ont rappelé les procédures applicables : prénotifications, certificats sanitaires et contrôles documentaires, d’identité ou physiques selon la nature des produits. Une marchandise peut ainsi avoir satisfait aux formalités douanières sans disposer encore des autorisations sanitaires nécessaires.

D’autres contraintes concernent directement les conducteurs, notamment l’autorisation électronique de voyage britannique (ETA) pour les ressortissants français soumis à cette obligation.

La prévention des entrées clandestines demeure également un enjeu sur les liaisons transmanche. L’AFTRI a notamment rappelé l’importance des vérifications de sécurité des véhicules et de la conservation des preuves des contrôles effectués.

Irlande : les liaisons maritimes directes gagnent du terrain

Le Brexit a également modifié l’organisation du transport de marchandises entre l’Irlande et le continent européen.

Le passage terrestre par la Grande-Bretagne, connu sous le nom de landbridge, a perdu une partie de son attractivité en raison des formalités douanières supplémentaires. Les transporteurs disposent désormais de davantage de liaisons maritimes directes permettant d’éviter le transit par le territoire britannique.

Selon les chiffres présentés par Eurotran pour l’Irish Road Haulage Association (IRHA), plus de 390 000 unités de transport RoRo ont emprunté ces liaisons directes en 2025, soit plus du double de la moyenne annuelle enregistrée avant le Brexit.

Cette réorganisation permet de contourner certaines contraintes administratives, mais implique des traversées maritimes plus longues.

Les coûts constituent un autre sujet de préoccupation. L’intégration progressive du transport maritime au système européen d’échange de quotas d’émission (ETS1), engagée en 2024, peut exercer une pression supplémentaire sur les tarifs du fret. À partir de 2028, le déploiement prévu de l’ETS2 pour les carburants routiers pourrait également avoir des répercussions sur les coûts de transport.

Eurotran a souligné la situation particulière des territoires insulaires, fortement dépendants des liaisons maritimes et disposant de possibilités limitées de report vers d’autres modes.

Les échanges ont également abordé le cadre de Windsor, qui régit notamment les mouvements de marchandises entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord, tout en préservant l’absence de frontière physique sur l’île d’Irlande.

Pénurie de conducteurs : un défi qui dépasse les frontières

Au-delà des contraintes douanières et réglementaires, la disponibilité de la main-d’œuvre demeure un problème structurel pour le transport routier européen.

D’après les résultats de l’enquête 2025 de l’IRU présentés par l’AFTRI, environ 502 000 postes de conducteurs routiers restent vacants en Europe, ce qui correspond à un taux de pénurie de 13 %.

La situation pourrait encore se compliquer avec les départs à la retraite : environ 660 500 conducteurs européens devraient quitter la profession d’ici 2030.

Les conséquences sont déjà visibles dans l’activité des entreprises. Près de deux transporteurs européens interrogés sur trois déclarent avoir dû refuser de nouveaux contrats en raison du manque de conducteurs.

Les discussions à Dunkerque ont porté sur plusieurs pistes : améliorer les conditions de travail, faciliter l’accès des jeunes au métier, renforcer la présence des femmes dans la profession et fidéliser les conducteurs déjà en poste.

Le recrutement international a également été évoqué. Celui-ci reste toutefois confronté à de nombreux obstacles, notamment les démarches administratives, la reconnaissance des qualifications, les barrières linguistiques et les difficultés d’accès au logement.

Dans ce contexte, Eurotran, intervenant pour l’IRHA, a présenté l’EU Talent Pool, une future plateforme européenne destinée à faciliter la mise en relation entre employeurs et candidats de pays tiers. Son déploiement opérationnel est attendu en 2027. Elle ne remplacera toutefois pas les procédures nationales d’immigration et d’accès à l’emploi.

Les échanges organisés par l’AFTRI ont ainsi mis en évidence une double exigence pour les acteurs du transport transmanche : maîtriser des procédures de plus en plus structurées et disposer des ressources humaines nécessaires pour assurer la continuité des flux entre le continent européen et les îles Britanniques.

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