Une analyse récente de l’opérateur de recharge Milence montre que certains marchés offrent déjà des conditions viables pour le transport routier tout électrique, tandis que d’autres restent freinés par des politiques publiques insuffisantes, un déploiement encore limité des infrastructures et des conditions d’exploitation moins favorables.
Des conditions locales déterminantes
Selon Milence, l’adoption des poids lourds électriques dépasse désormais la phase pilote dans un groupe restreint de pays leaders, notamment la Suisse, le Danemark et les Pays-Bas. À l’inverse, une grande partie de l’Europe reste à un stade précoce de l’électrification.
L’écart ne tient pas tant à la technologie qu’aux cadres nationaux : prix de l’électricité, systèmes de péage, incitations financières et disponibilité d’infrastructures adaptées.
L’analyse, qui couvre 14 pays européens, identifie quatre leviers clés pour accélérer l’adoption :
- des prix de l’électricité compétitifs
- des péages différenciés selon les émissions de CO₂
- des dispositifs de soutien stables et durables
- une infrastructure de recharge publique fiable pour poids lourds
Lorsque ces éléments ne sont pas réunis, la transition reste lente et incertaine.
Des écarts de coûts qui se creusent
La modélisation du coût total de possession (TCO) met en évidence des différences croissantes entre marchés.
Aux Pays-Bas, les camions électriques deviennent compétitifs dans plusieurs cas d’usage dès 2026. En Allemagne, l’exonération totale de péage pour les véhicules zéro émission jusqu’en 2031 constitue un levier économique majeur.
En Suède, en revanche, malgré des prix de l’électricité plus bas, l’absence d’incitations comparables sur les péages retarde la parité de coûts, notamment sur le long-courrier.
Plus concrètement, Milence estime que l’exonération de la LKW-Maut en Allemagne représente un avantage d’environ 0,32 € par kilomètre sur les routes à péage. À l’inverse, la Suède affiche encore un écart de TCO d’environ 0,11 € par kilomètre, avec une convergence attendue seulement à l’horizon 2028.
Par ailleurs, la volatilité des prix des carburants renforce l’attractivité de l’électrique. Les fluctuations récentes ont entraîné une hausse des coûts d’exploitation des camions diesel de 9 à 11 centimes par kilomètre.
Infrastructure : le maillon encore fragile
Sur le plan des infrastructures, les progrès restent tangibles mais insuffisants.
Milence recense environ 1 800 points de recharge publics adaptés aux poids lourds le long des principaux corridors européens. L’entreprise exploite elle-même 33 hubs, totalisant 221 points de charge dans huit pays.
Cependant, le maillage reste inégal et constitue l’un des principaux freins à une adoption plus large.
Un facteur clé réside dans le taux d’utilisation : plus les stations sont utilisées, plus les coûts fixes sont amortis, ce qui permet de réduire les prix de recharge. Les premiers utilisateurs pourraient ainsi bénéficier d’un avantage économique à mesure que le marché gagne en volume.
Une dynamique enclenchée, mais encore fragmentée
Depuis fin 2025, plusieurs évolutions ont amélioré l’équation économique : prolongation des exonérations de péage en Allemagne, report du système ETS2, multiplication des aides à l’achat et retours terrain plus favorables que prévu.
La consommation réelle des nouveaux modèles s’établit désormais autour de 1,1 kWh/km, contre 1,25 kWh/km estimés précédemment.
Malgré ces avancées, une conclusion s’impose : l’Europe avance, mais à des vitesses différentes.









