Pixabay/JirkaF – diesel à la pompe

Cartes carburant détournées : 68 000 euros de pertes

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Deux cartes carburant appartenant à une entreprise de transport croate auraient été utilisées pendant plusieurs mois pour ravitailler des véhicules aux frais de l’entreprise. Selon le parquet, elles auraient servi à effectuer 136 opérations, représentant environ 54 000 litres de diesel et un préjudice estimé à 68 000 euros. Cette affaire rappelle qu’un code confidentiel ne suffit pas à protéger une flotte contre les détournements.

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À retenir :

  • Selon le parquet, deux cartes carburant volées auraient été utilisées pour effectuer 136 opérations de ravitaillement.
  • Le diesel aurait été chargé dans 84 véhicules, pour un volume total d’environ 54 000 litres.
  • Le préjudice subi par l’entreprise de transport croate est estimé à près de 68 000 euros.
  • À l’audience, le prévenu a cité deux complices présumés qui auraient travaillé pour l’entreprise concernée : l’un comme chauffeur routier, l’autre comme salarié chargé du contrôle des factures.
  • Un expert rappelle qu’un simple code PIN ne suffit pas. Plafonds de dépenses, surveillance des opérations et séparation des habilitations sont également indispensables.

136 opérations, 84 véhicules et 54 000 litres de diesel

L’enquête a été ouverte après le signalement du vol de deux cartes carburant par une entreprise de transport croate.

En mars 2026, la police de Salzbourg faisait d’abord état d’au moins 84 opérations de ravitaillement et d’un préjudice proche de 68 000 euros. Les investigations ont ensuite montré que l’ampleur des faits pourrait être supérieure aux premières estimations.

Lors d’une audience devant le tribunal régional de Salzbourg, le procureur a indiqué que les cartes auraient été utilisées à 136 reprises entre septembre 2025 et janvier 2026. Le carburant aurait été chargé dans 84 véhicules, pour un total d’environ 54 000 litres de diesel.

D’après les éléments présentés à l’audience, le prévenu, âgé de 29 ans, proposait du diesel à d’autres personnes au prix d’un euro le litre. Le paiement était effectué dans une station-service du quartier de Gnigl, à Salzbourg, avec les cartes de l’entreprise croate. Les conducteurs lui remettaient ensuite l’argent en espèces.

Certains clients seraient même venus avec leur véhicule et des jerricans pour emporter le carburant.

Des salariés de l’entreprise dans le viseur des enquêteurs

Les débats judiciaires ont également soulevé l’hypothèse d’une implication de salariés de l’entreprise.

Le prévenu a déclaré avoir reversé l’argent collecté aux personnes qui lui auraient fourni les cartes volées. Interrogé par la justice, il a mis en cause deux complices présumés.

Les éléments exposés pendant le procès laissent penser que ces deux personnes pourraient avoir travaillé pour l’entreprise croate concernée : l’une comme chauffeur routier, l’autre comme salarié chargé de vérifier les factures.

Le procureur a annoncé de nouvelles investigations les concernant. À ce stade, il ne s’agit toutefois que d’allégations et de déclarations qui doivent encore être vérifiées. Leur responsabilité n’a pas été établie par une décision de justice définitive.

Le prévenu aurait également reconnu avoir utilisé à titre personnel environ 2 500 litres de carburant sans s’acquitter du montant correspondant.

Un code PIN ne protège pas une flotte à lui seul

L’affaire de Salzbourg montre que le risque ne se limite pas au vol physique d’une carte carburant.

Andrei Arkhutsik, responsable produit chez E100, estime que l’une des erreurs les plus fréquentes consiste à s’en remettre à une seule mesure de sécurité.

Avec les cartes carburant, le principal piège est de croire qu’un seul dispositif — code PIN, plafond de dépenses ou blocage de la carte — peut garantir la sécurité. Les risques peuvent apparaître à plusieurs niveaux, explique-t-il.

Les précautions de base sont similaires à celles qui s’appliquent à une carte bancaire. Un chauffeur ne doit jamais la confier à un tiers, le code PIN ne doit pas être conservé avec la carte et toute perte doit entraîner une réaction immédiate.

L’entreprise doit aussi savoir précisément quelles cartes sont actives, à quels véhicules elles sont rattachées et quelles personnes sont autorisées à les utiliser.

Quelles opérations de ravitaillement doivent alerter ?

Une opération inhabituelle ne constitue pas automatiquement une preuve de fraude. Plusieurs pleins le même jour ou un volume supérieur à la normale peuvent correspondre à un besoin réel de l’exploitation.

Ce sont généralement plusieurs incohérences combinées, plutôt qu’un événement isolé, qui doivent attirer l’attention.

Selon Andrei Arkhutsik, les entreprises doivent notamment surveiller les situations suivantes :

  • plusieurs ravitaillements sur une période très courte ;
  • un volume de carburant inhabituellement élevé ;
  • une modification soudaine de la fréquence d’utilisation de la carte ;
  • une opération réalisée dans un lieu incompatible avec l’itinéraire prévu ;
  • un plein enregistré très loin de la position réelle du camion.

Un événement inhabituel doit déclencher une vérification, pas une conclusion automatique de fraude, insiste Andrei Arkhutsik.

Il faut donc comparer l’heure et le lieu de l’opération avec l’historique de la carte, l’itinéraire prévu et la position réelle du véhicule.

Des plafonds adaptés à l’usage réel du camion

Le paramétrage des cartes carburant constitue un premier moyen de limiter les pertes. Les contrôles peuvent porter sur le montant, le nombre de litres, le nombre d’opérations, certains pays ou même des stations précises. Ces réglages ne doivent être ni arbitraires ni laissés inchangés pendant des années.

Pour définir les limites, l’entreprise doit tenir compte de la capacité du réservoir, du volume habituellement pris à chaque arrêt, de la fréquence des ravitaillements, des itinéraires habituels et de l’utilisation concrète du véhicule.

Un plafond trop bas risque de perturber le travail du chauffeur. À l’inverse, une limite trop généreuse laisse une marge inutile pour les abus.

Le risque augmente quand une seule personne gère les cartes et les dépenses

Le dossier autrichien fait également ressortir le risque de détournement en interne.

Lorsqu’une même personne peut demander des cartes, modifier leurs paramètres, surveiller les opérations puis contrôler les dépenses, aucun véritable contrôle indépendant n’est exercé.

Cette personne peut réaliser une opération sensible, puis être chargée de la contrôler elle-même, souligne Andrei Arkhutsik.

L’expert recommande de séparer au moins trois fonctions : la demande et le paramétrage des cartes, le suivi quotidien des opérations et le règlement des dépenses.

Cette organisation ne nécessite pas forcément trois salariés distincts. L’essentiel est de prévoir un second niveau de contrôle pour les opérations les plus sensibles.

Lorsque c’est possible, l’entreprise peut aussi appliquer le principe des quatre yeux, en demandant à une deuxième personne de valider certaines modifications.

Contrôler régulièrement les cartes et les habilitations

Il ne faut pas attendre la découverte d’une anomalie pour vérifier la liste des cartes actives. Selon l’expert, un examen complet des cartes et des droits au moins une fois par trimestre est une fréquence raisonnable.

Un contrôle immédiat est également recommandé lorsqu’un salarié quitte l’entreprise, qu’un chauffeur change d’affectation, qu’un véhicule est vendu ou que les responsabilités sont redistribuées.

L’entreprise doit notamment vérifier :

  • si chaque carte active est toujours nécessaire ;
  • si elle est bien rattachée au bon véhicule ou au bon utilisateur ;
  • si les cartes associées à des véhicules retirés de la flotte ont été désactivées ;
  • si les salariés ont encore besoin de l’ensemble des droits qui leur ont été accordés ;
  • quelles personnes disposent d’un accès administrateur au système de gestion des cartes.

Fraude présumée : les premières minutes sont décisives

Lorsqu’une entreprise repère une opération susceptible de révéler une utilisation non autorisée, la priorité n’est pas de passer des heures à analyser tout l’historique.

Dans ce type de situation, il faut agir dans les premières minutes. La priorité est d’empêcher toute nouvelle opération en bloquant temporairement la carte ou l’accès de l’utilisateur concerné, explique Andrei Arkhutsik.

L’entreprise doit ensuite conserver les éléments permettant de reconstituer les faits : heure et lieu exacts du ravitaillement, détails de l’opération et de la carte utilisée, position réelle du véhicule et historique des opérations précédentes.

Si des comptes utilisateurs sont également susceptibles d’être concernés, il faut vérifier leurs droits d’accès et leurs habilitations dans le système.

L’étape suivante consiste à contacter l’émetteur de la carte afin de vérifier si d’autres opérations suspectes ont été enregistrées et de lancer les investigations nécessaires.

La menace dépasse largement le vol d’une carte

L’affaire de Salzbourg rappelle que la gestion des cartes carburant ne peut pas se résumer à protéger la carte physique et son code PIN.

D’après les éléments présentés au cours de la procédure, les cartes volées auraient été utilisées pendant plusieurs mois. Une autre piste concerne des personnes liées à l’entreprise elle-même.

Pour les transporteurs, la prévention doit donc couvrir simultanément trois dimensions : le comportement des utilisateurs, les paramètres des cartes et des habilitations, ainsi que les données relatives aux opérations.

Plus une flotte est importante, plus il devient difficile d’identifier manuellement ces schémas. Des contrôles réguliers, des plafonds correctement calibrés, des alertes sur les opérations inhabituelles et la comparaison entre les lieux de ravitaillement et l’itinéraire réel du camion peuvent contribuer à détecter un problème avant que les opérations non autorisées ne se multiplient.

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