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Défaillances en série dans le transport routier : derrière les grands noms, un marché sous tension

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Plusieurs faillites marquantes ont secoué le transport routier de marchandises en France début 2026. Derrière ces dossiers emblématiques, les données confirment une fragilisation plus large du secteur.

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Le début de l’année 2026 a laissé des traces dans le transport routier français. En quelques semaines, plusieurs entreprises bien connues du secteur ont disparu ou sont en passe de l’être. Des cas visibles, parfois spectaculaires, qui traduisent surtout une réalité plus diffuse : un marché qui s’use, lentement, sous l’effet de tensions accumulées.

Des faillites qui marquent les esprits

Le dossier le plus emblématique reste celui de Ziegler France. Placée en liquidation judiciaire fin mars par le tribunal de commerce de Lille, la filiale française du groupe belge a entraîné dans sa chute sa filiale Satra. Près de 1 500 salariés sont concernés.

Le choc est d’autant plus fort que l’entreprise restait un acteur de poids, avec un chiffre d’affaires de 445 millions d’euros. Mais derrière cette taille critique, les résultats s’étaient nettement dégradés : plus de 6 millions d’euros de pertes en 2025, après une année encore bénéficiaire.

« Nous nous sommes battus jusqu’au bout pour tenter d’éviter cette décision », a déclaré Alain Ziegler, actant une issue devenue inévitable après plusieurs mois de tensions internes, de perte de volumes et de difficultés financières.

Quelques jours plus tôt, c’est un autre nom bien ancré dans le paysage logistique français qui disparaissait : Pedretti Distribution. Fondée en 1962, l’entreprise savoyarde n’a pas trouvé de repreneur après son placement en redressement judiciaire en décembre.

Avec environ 45 millions d’euros de chiffre d’affaires et 390 salariés répartis sur une douzaine d’agences, Pedretti n’était pas un petit acteur. Mais là aussi, la trajectoire s’était dégradée depuis 2023, jusqu’à rendre la situation intenable.

À côté de ces dossiers médiatisés, d’autres entreprises, plus discrètes, ont également disparu : Transports Arpi Ferdouel (47 salariés) ou encore le site Duc Nord du groupe Chalavan et Duc. Moins visibles, ces cas n’en sont pas moins révélateurs.

Des défaillances rarement soudaines

Ce qui ressort de ces situations, c’est leur caractère rarement brutal. Dans la plupart des cas, les entreprises ont d’abord tenté de se redresser. Les procédures de redressement judiciaire se multiplient d’ailleurs au niveau national, signe que les difficultés s’installent avant de basculer.

Chez Ziegler comme chez Pedretti, les signaux d’alerte existaient depuis plusieurs mois : baisse d’activité, perte de clients, recours accru à l’affrètement, tensions sur la trésorerie. Le schéma est connu dans le transport routier.

Dans des structures plus petites, la bascule peut être encore plus rapide. Chez Ferdouel, un simple défaut de paiement a suffi à déséquilibrer l’ensemble. « En mars 2025, il nous a manqué 50 000 euros pour pouvoir passer les paies », expliquait le dirigeant dans la presse régionale. Un incident isolé, mais aux conséquences immédiates.

Un marché plus contrasté qu’il n’y paraît

Ces faillites donnent l’impression d’un secteur en crise généralisée. Pourtant, les données invitent à nuancer.

Selon Altares, le transport et la logistique enregistrent 857 défaillances au premier trimestre 2026, soit une hausse de 12,9 %. Mais si l’on se concentre uniquement sur le transport routier de marchandises, la tendance est différente : les défaillances y reculent de 5,3 %, à 443 cas.

Ce résultat s’explique par une amélioration nette du transport de proximité (-17 %), tandis que le segment interurbain repart à la hausse (+12 %). Autrement dit, le marché ne décroche pas partout au même rythme.

Les plus petits restent les plus exposés

La structure même du secteur explique en partie cette fragilité. Les données de la Banque de France montrent que la hausse des défaillances concerne d’abord les microentreprises, très présentes dans le transport routier.

Ces structures disposent souvent de peu de marges de manœuvre. Elles absorbent difficilement les hausses de coûts, qu’il s’agisse du carburant, de la maintenance ou des salaires. Et surtout, elles restent extrêmement sensibles aux retards de paiement.

Sur ce point, Altares est clair : dans un contexte de tensions économiques et géopolitiques, les délais de paiement ont tendance à s’allonger, ce qui fragilise directement la trésorerie des transporteurs. Un facteur souvent décisif dans le passage à la défaillance.

Une pression qui s’installe dans la durée

Au final, la multiplication des faillites depuis le début de l’année ne relève pas d’un accident. Elle s’inscrit dans une phase plus longue d’ajustement du marché.

Le transport routier reste pris entre plusieurs contraintes : des coûts élevés, une pression constante sur les prix, une dépendance à certains grands donneurs d’ordre et une visibilité limitée sur les volumes.

Les grands dossiers comme Ziegler ou Pedretti en sont la partie visible. Mais derrière eux, c’est tout un tissu d’entreprises – souvent de taille moyenne ou petite – qui continue d’évoluer sur une ligne de crête.

Et dans ce contexte, il suffit parfois de peu pour faire basculer une entreprise.

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