AdobeStock

France : une nouvelle infraction qui peut briser la carrière d’un chauffeur routier

Vous lirez cet article en 6 minutes

Un accident mortel est toujours un drame. En France, il peut désormais aussi mettre fin à une carrière professionnelle.

Le texte que vous lisez a été traduit à l'aide d'un outil automatique, ce qui peut entraîner certaines imprécisions. Nous vous remercions de votre compréhension.

Depuis juillet 2025, le droit français a introduit une qualification pénale spécifique : l’« homicide routier ». Cette infraction vise les situations dans lesquelles un conducteur cause la mort sans intention de la donner, mais dans des circonstances aggravantes révélant une prise de risque délibérée au volant. Selon une note publiée par la fédération française du transport routier OTRE, cette évolution répond aux critiques de longue date concernant la qualification d’« homicide involontaire » dans des affaires impliquant des comportements à haut risque, tout en renforçant les conséquences juridiques et opérationnelles pour les conducteurs professionnels et les exploitants.

Ce qu’est l’« homicide routier »

La loi ne supprime pas l’infraction existante d’homicide involontaire. OTRE précise qu’elle reste en vigueur. Le changement essentiel est le suivant : lorsqu’un homicide involontaire est commis avec un véhicule motorisé et accompagné de circonstances aggravantes, l’infraction est désormais qualifiée d’homicide routier.

Concrètement, cela signifie qu’un accident mortel peut être traité très différemment selon le comportement du conducteur établi lors de l’enquête.

Ce qui transforme un accident mortel en « homicide routier »

Le guide publié par OTRE reprend les circonstances aggravantes prévues par la nouvelle infraction. Elles incluent notamment :

  • consommation d’alcool, y compris refus de se soumettre aux contrôles
  • usage de stupéfiants ou refus de dépistage
  • consommation manifestement excessive d’une substance psychoactive
  • conduite sans permis ou avec permis annulé, suspendu ou invalidé
  • excès de vitesse d’au moins 30 km/h au-dessus de la limite
  • délit de fuite ou non-assistance à personne en danger
  • utilisation d’un téléphone tenu en main ou port d’un dispositif audio (oreillette, casque)
  • refus d’obtempérer
  • participation à un rodéo motorisé

Des sanctions pouvant mettre fin à une carrière

OTRE souligne que l’homicide routier est plus sévèrement puni que l’homicide involontaire simple.

Avec une circonstance aggravante, l’infraction est passible de sept ans d’emprisonnement et de 100 000 euros d’amende. Lorsque plusieurs circonstances aggravantes sont réunies, les peines peuvent atteindre dix ans d’emprisonnement.

Pour les conducteurs professionnels, l’enjeu principal réside souvent dans les peines complémentaires, qui peuvent empêcher toute poursuite d’activité :

  • suspension du permis de conduire jusqu’à 10 ans
  • annulation du permis avec interdiction d’en demander un nouveau pendant 5 à 10 ans
  • interdiction de conduire certains véhicules motorisés
  • obligations liées à l’éthylotest antidémarrage dans les affaires liées à l’alcool

OTRE rappelle qu’une condamnation pour les infractions concernées entraîne de plein droit l’annulation du permis de conduire, avec interdiction de repasser l’examen pendant cinq à dix ans. En cas de récidive, l’interdiction peut devenir permanente.

Pour un conducteur professionnel, cela signifie que la condamnation peut se traduire concrètement par une exclusion durable du métier.

Immobilisation et confiscation du véhicule : le camion peut aussi être concerné

Les modifications législatives de juillet 2025 renforcent également les mesures visant le véhicule impliqué.

La confiscation peut être prononcée lorsque le conducteur est propriétaire du véhicule. Elle peut aussi s’appliquer lorsque le conducteur n’est pas propriétaire si celui-ci a reçu le véhicule en connaissance de cause, alors qu’il n’était pas apte à conduire (alcool, stupéfiants ou absence de permis valide).

Pour les entreprises disposant d’une flotte, OTRE précise toutefois que la confiscation suppose de démontrer que le propriétaire savait que le conducteur n’était pas apte à conduire.

Indépendamment de la confiscation, la police peut également ordonner l’immobilisation immédiate du véhicule et sa mise en fourrière dans plusieurs situations :

  • conduite sans permis valable
  • alcoolémie
  • test positif aux stupéfiants
  • refus de contrôle

Dans certains cas, notamment lorsque alcool et drogues sont combinés, le véhicule peut être immobilisé immédiatement et placé en fourrière pendant plusieurs jours, ce qui peut provoquer une perturbation opérationnelle importante.

Le conducteur est la cible principale… mais l’entreprise peut aussi être exposée

Selon l’analyse d’OTRE, les nouvelles infractions d’homicide routier et de blessures routières visent d’abord le conducteur.

Cependant, les employeurs et les entreprises de transport peuvent toujours être poursuivis au titre de l’homicide involontaire ou des blessures involontaires, si le parquet estime que l’entreprise a contribué à l’accident par négligence ou par manquement à ses obligations de sécurité.

Le guide souligne une distinction importante :

  • pour une entreprise (personne morale), une simple négligence peut suffire
  • pour un dirigeant à titre personnel, la responsabilité suppose généralement une faute plus grave ou une violation délibérée d’une obligation de sécurité

Ce que les transporteurs doivent renforcer dès maintenant

Pour les entreprises dont les conducteurs circulent en France, même occasionnellement, OTRE recommande de pouvoir démontrer que des mesures concrètes ont été mises en place pour prévenir les comportements à risque.

Vérification des droits à conduire

  • contrôles réguliers des permis
  • procédure de signalement immédiat en cas de suspension ou d’annulation
  • processus interne clair pour interdire la conduite en cas de perte du permis

Politiques internes sur les comportements à risque

  • interdiction explicite du téléphone tenu en main et des oreillettes
  • règles strictes sur l’alcool et les drogues
  • gestion rigoureuse des excès de vitesse, notamment au-delà de 30 km/h

Formation et traçabilité

  • conserver des preuves écrites des formations et briefings sur la sécurité
  • documenter les actions de prévention mises en place

Protection des actifs

  • contrôle des clés et de l’accès aux véhicules
  • procédures permettant de prouver que l’entreprise n’a pas laissé conduire un salarié inapte

Protocoles d’incident

Les entreprises doivent également disposer d’une procédure claire en cas d’accident en France :
qui contacter, quels documents conserver et comment gérer une immobilisation ou une mise en fourrière.

Tags:

Lire aussi