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Photo : Trans.INFO

Les conducteurs ne sont pas des accessoires du tracteur routier : le parquet durcit sa position face à l’exploitation des conducteurs

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Message clair et sans détour des autorités lituaniennes au secteur du transport. Edita Ignatavičiūtė, procureure régionale de Vilnius chargée d’enquêtes sur l’exploitation de conducteurs routiers étrangers, affirme qu’il ne s’agit pas d’erreurs isolées, mais d’un phénomène systémique. Selon elle, la culture de travail ancrée dans certaines entreprises rappelle « La Forêt des dieux » de Balys Sruoga, où l’être humain n’était qu’un accessoire d’un outil.

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« Dans le camp, une personne n’était qu’un accessoire d’une pelle, et en Lituanie un immigrant est considéré comme un accessoire d’un véhicule », déclare la procureure dans un entretien accordé au portail LRT.lt.

Exploitation systémique

Selon E. Ignatavičiūtė, ces dernières années, la méthodologie d’enquête est devenue plus efficace – les forces de l’ordre comprennent mieux le fonctionnement du secteur du transport et de la logistique, les subtilités du décompte du temps de travail, l’analyse des flux financiers et les exigences du Paquet Mobilité. Toutefois, le problème lui-même, dit-elle, n’a pas disparu.

« À mon avis, en Lituanie, nous sommes confrontés à une exploitation systémique dans le secteur de la logistique. La plupart des entreprises fonctionnent selon des modèles similaires », explique-t-elle.

À l’heure actuelle, la procureure a dans son viseur plus de six entreprises de logistique opérant en Lituanie, à l’encontre desquelles des enquêtes préliminaires sont menées. Ce n’est qu’une partie du tableau d’ensemble, car d’autres investigations peuvent également être en cours dans d’autres régions.

« Un immigrant est un numéro sur la feuille de temps »

La procureure souligne que les conducteurs venant en Lituanie – le plus souvent du Tadjikistan, d’Ouzbékistan et du Kirghizistan – s’attendent à des standards européens et à des institutions qui fonctionnent. Mais la réalité, dit-elle, est souvent différente.

« Un conducteur étranger dans une structure d’entreprise lituanienne (…) est un numéro sur la feuille de temps. Il est de seconde zone, sans aucun droit : “Estime-toi heureux qu’on t’ait embauché, et on verra encore combien de travail on te donnera et combien on te paiera pour cela” », déclare E. Ignatavičiūtė.

Elle critique aussi le soi-disant « cirque du papier » – des situations où les documents soumis aux institutions ne reflètent pas la situation réelle. Selon elle, les dossiers sont souvent en règle, mais une réalité tout autre peut se cacher derrière. Les employés n’ont souvent pas accès aux documents et, parfois, ajoute la procureure, les données requises sont même dissimulées aux forces de l’ordre.

Enquêtes longues

Les enquêtes dans ce domaine sont complexes et d’une ampleur considérable. Pour déterminer si les salaires ont été correctement calculés et si les règles relatives aux temps de travail et de repos ont été enfreintes, il faut recueillir des témoignages, analyser les documents comptables et faire intervenir des spécialistes.

« Une enquête est complexe et ne peut pas être à la fois rapide et de qualité », affirme la procureure.

Même après le renvoi d’une affaire devant le tribunal, la procédure peut prendre du temps. Des auditions de ressortissants étrangers avec interprètes, des montages financiers complexes et la charge de travail des tribunaux – tout cela allonge la route vers une décision définitive. Et pendant que la décision suit son cours devant la justice, la motivation et la confiance de certaines victimes dans la justice peuvent s’éroder.

« Dormez tranquilles jusqu’à ce que nous arrivions »

Malgré la complexité, la procureure adresse un message clair aux entreprises.

« Je dis toujours : dormez tranquilles jusqu’à ce que nous arrivions. Si tout est en ordre chez vous, dormez tranquilles. Mais si ce n’est pas le cas, il est temps de vous inquiéter », dit-elle.

Selon elle, le simple fait d’ouvrir une enquête préliminaire constitue déjà une mesure préventive. Le secteur du transport est étroitement interconnecté, les entreprises s’observent entre elles ; ainsi, les informations sur des enquêtes ouvertes incitent les sociétés à revoir leurs modèles opérationnels.

La procureure souligne que son objectif n’est pas de « faire tomber les entreprises », mais de prévenir des violations systémiques. « Je ne serai pas complice d’un système qui ignore ce problème », affirme-t-elle.

Un secteur en croissance et des questions

Parallèlement, les données officielles montrent que le nombre de conducteurs de poids lourds en Lituanie a augmenté de plus de 4 000 en un an pour atteindre 91,6 milliers. Toutefois, la procureure s’interroge : les déclarations sur la pénurie de main-d’œuvre ne masquent-elles pas des modèles d’exploitation de main-d’œuvre bon marché ?

Selon elle, il est nécessaire d’analyser des indicateurs réels, les périodes non assurées, les données de décompte du temps de travail, et d’évaluer si le secteur a réellement besoin d’autant de salariés supplémentaires, ou si le problème réside dans la culture d’organisation du travail.

Des formes d’exploitation en mutation

Un rapport du Bureau des médiateurs du Seimas publié en août 2025 indique que 22 enquêtes préliminaires pour traite des êtres humains ont été ouvertes, dont 10 pour travail forcé, principalement dans le transport, rapporte VZ.lt.

Les travailleurs, entrés légalement en Lituanie, auraient été confrontés à des salaires impayés, des heures supplémentaires excessives et des conditions de travail et de vie inadaptées.

Les parquets observent une évolution des méthodes : plutôt que la confiscation de documents, la contrainte économique serait désormais privilégiée. Amendes illégales, dettes artificiellement créées pour des infractions supposées, pressions financières. Des contrôles en 2025 ont également révélé des violations du Paquet Mobilité, notamment l’absence de retour des conducteurs à leur lieu de résidence pour le repos.

Le rapport souligne que le nombre réel de victimes pourrait être plus élevé, de nombreux conducteurs étrangers hésitant à contacter les autorités par crainte de perdre leur titre de séjour.

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