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Mercosur : le pacte anti‑Trump de l’Europe et ce qu’il signifie pour la logistique

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Après plus de 25 ans de négociations, l’accord de libre‑échange UE–Mercosur est sur le point d’être mis en œuvre. Pour les entreprises de transport et de logistique, il ouvre de nouvelles perspectives de volumes, des chaînes d’approvisionnement plus stables et des options d’approvisionnement supplémentaires. Dans le même temps, l’accord a déclenché des protestations massives, notamment en France. Que signifie réellement cet accord pour le secteur, et où se situent les risques ?

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Après des décennies de négociations, les États membres de l’Union européenne ont donné leur feu vert politique début janvier 2026 à l’accord de libre-échange avec les quatre pays sud-américains du Mercosur : le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. La signature est prévue mi-janvier à Asunción ; ensuite, le Parlement européen devra encore donner son consentement.

Cet accord doit créer l’une des plus grandes zones de libre‑échange au monde, couvrant plus de 700 millions d’habitants et près d’un cinquième de la production économique mondiale. Selon la Commission européenne, plus de 90 % des droits de douane seront progressivement supprimés, permettant aux entreprises d’économiser environ 4 milliards d’euros par an en tarifs douaniers.

Ce que l’accord apporte concrètement au transport et à la logistique

Pour le secteur du transport et de la logistique, l’accord UE–Mercosur est un enjeu stratégique. Avec la réduction des barrières commerciales, les volumes d’échanges bilatéraux devraient connaître une croissance significative, entraînant une demande accrue pour :

  • le transport maritime et aérien,
  • le transport terrestre international,
  • la logistique multimodale entre l’Europe et l’Amérique du Sud.

Selon les données de la Commission européenne, en 2024 les pays du Mercosur ont importé pour environ 53 milliards d’euros de biens en provenance de l’UE, tandis que les exportations européennes vers la région ont atteint environ 57 milliards d’euros. Des études estiment que les exportations pourraient augmenter jusqu’à 39 % une fois l’accord pleinement appliqué.

Pour les fournisseurs logistiques, cela signifie :

  • une hausse des volumes de conteneurs et de fret général dans les ports,
  • une demande accrue en logistique de projet, automobile et machines,
  • une importance accrue des chaînes multimodales entre les deux continents,
  • des besoins supplémentaires en douane, preuves d’origine et conformité réglementaire.

Germany Trade & Invest souligne également que l’accord facilite l’accès à des matières premières critiques, telles que le lithium et le cuivre, essentielles pour la logistique des batteries, l’e‑mobilité et les énergies renouvelables.

Des secteurs moteurs : automobile, génie mécanique, chimie

Les secteurs déjà étroitement intégrés aux chaînes d’approvisionnement mondiales devraient en bénéficier particulièrement. Il s’agit notamment de la construction mécanique et d’installations, de l’industrie chimique et pharmaceutique, ainsi que du secteur automobile.

Hildegard Müller, présidente de l’Association allemande de l’industrie automobile, a qualifié l’approbation de l’accord par l’UE de « longtemps attendue et excellente nouvelle pour l’Europe comme lieu d’affaires ». La suppression de droits de douane élevés — jusqu’à 35 % sur les voitures particulières et 18 % sur les pièces détachées — ouvre un potentiel de croissance significatif. Une hausse de la demande depuis le Mercosur devrait profiter à l’ensemble des chaînes d’assemblage et de logistique européennes.

Des protestations fortes : causes et conséquences

Malgré ses avantages économiques, l’accord a été très controversé politiquement. En France, des manifestations massives d’agriculteurs ont récemment bloqué des autoroutes, des accès portuaires et des centres logistiques, perturbant sérieusement le transport national et international de marchandises.

La crainte majeure concerne les importations agricoles moins coûteuses depuis l’Amérique du Sud — comme le bœuf, la volaille, le sucre ou l’éthanol — qui pourraient intensifier la concurrence face aux producteurs européens. Bien que l’accord inclue des clauses de sauvegarde et des quotas d’importation, de nombreuses associations estiment ces protections insuffisantes.

Pour le secteur de la logistique, ces mouvements sociaux ont eu des conséquences concrètes : retards dans les chaînes d’approvisionnement, allongement des temps de transit et coûts accrus. Ils illustrent aussi combien les décisions de politique commerciale peuvent avoir un impact direct sur les opérations de transport.

Points de vue du monde économique et industriel

Malgré ces tensions, le soutien à l’accord domine dans le monde industriel. Tanja Gönner, directrice générale de la Fédération des industries allemandes, a déclaré que l’accord représente « un succès important pour l’économie allemande et européenne ». Pour elle, le Mercosur offre des avantages tangibles, renforce la compétitivité et envoie un signal fort en faveur du libre‑échange fondé sur des règles.

Volker Treier, responsable du commerce extérieur à la Chambre allemande de commerce et d’industrie, a souligné que, face à la conjoncture économique difficile, l’ouverture à de nouveaux marchés est cruciale. L’accord permet de sécuriser les chaînes d’approvisionnement, d’améliorer l’accès aux matières premières et de rendre la région plus attractive pour les investissements.

Un calendrier long et des incertitudes subsistent

Même si l’accord a obtenu une approbation politique, il n’est pas encore applicable. Après la signature, le Parlement européen doit donner son aval, puis certaines parties pourraient être appliquées à titre provisoire. La ratification complète par les parlements nationaux pourrait, quant à elle, s’étendre jusqu’en 2028.

Pour les entreprises de transport et de logistique, cela signifie que les avantages douaniers annoncés ne sont pas encore effectifs. Il est recommandé de :

  • analyser finement les flux commerciaux existants,
  • vérifier les règles d’origine,
  • élaborer des scénarios pour la réduction progressive des droits de douane,
  • ne mettre en œuvre des ajustements opérationnels qu’après l’entrée en vigueur formelle.

Conclusion : grandes opportunités et mise en œuvre complexe

L’accord UE–Mercosur a le potentiel de dynamiser les échanges transatlantiques de marchandises et d’ouvrir de nouvelles opportunités de développement pour les prestataires logistiques. Cependant, les risques politiques restent importants — notamment en raison de l’opposition du secteur agricole et de la question sensible des chaînes d’approvisionnement durables.

Pour la filière, cela signifie avant tout : plus de volumes, plus de complexité et une importance accrue des compétences en douane, conformité et gestion de réseau.

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