Pour un transporteur qui envisage de mettre des poids lourds électriques sur des lignes régulières, l’emplacement des bornes compte autant que leur puissance. Une recharge rapide n’a d’intérêt opérationnel que si elle peut être intégrée à la tournée, idéalement pendant la pause du conducteur et sans détour important.
C’est le marché que vise Voltix, filiale de VINCI Concessions spécialisée dans la recharge publique des camions électriques. Le 10 septembre, VINCI Concessions, Épopée Gestion et ADEME Investissement ont annoncé la mobilisation de près de 90 millions d’euros pour financer une première vague d’environ 20 stations sur les grands axes routiers.
Le financement sera complété par des subventions européennes issues des programmes CEF-AFIF. Selon ADEME Investissement, la levée de fonds a été finalisée en juillet 2026. Il ne s’agit donc pas d’un nouveau financement annoncé ce 24 septembre, mais d’un programme dont les premières ouvertures approchent.
Vierzon ouvrira la première station à l’automne
La première station Voltix doit être inaugurée à Vierzon, dans le Cher, à l’automne 2026. Cette implantation, à la jonction de plusieurs grands axes du centre de la France, permettra de desservir des flux qui ne passent pas nécessairement par la région parisienne.
La majorité des quelque 20 stations sera située en France, sur les principaux nœuds routiers. Des implantations sont également prévues en Espagne et en Allemagne pour amorcer un réseau de recharge à l’échelle européenne.
ADEME Investissement présente 2027 comme l’horizon de déploiement de cette première vague. VINCI n’a toutefois pas communiqué la liste complète des emplacements, ni les dates d’ouverture de chaque station.
Pour les entreprises de transport, cette précision est déterminante. Une station disponible à Vierzon peut faciliter certaines liaisons nationales ; elle ne suffit pas, à elle seule, à sécuriser une tournée internationale. L’exploitation d’un camion électrique sur longue distance suppose de pouvoir organiser les recharges sur l’ensemble du parcours, y compris au retour.
Une recharge annoncée en moins de 45 minutes
Les stations doivent être équipées de bornes utilisant le Megawatt Charging System (MCS), une technologie de recharge à très haute puissance destinée notamment aux véhicules lourds.
Selon VINCI, elle doit permettre à un camion électrique de récupérer l’équivalent de 4 h 30 de conduite en moins de 45 minutes. Le groupe met ainsi en avant la possibilité de faire coïncider la recharge avec la pause réglementaire du conducteur.
C’est un argument important pour le transport longue distance : si l’énergie nécessaire à la prochaine étape peut être récupérée pendant un arrêt déjà prévu, le passage à l’électrique modifie moins fortement l’organisation des tournées.
Cette durée reste néanmoins une performance annoncée par le porteur du projet, et non une garantie applicable à tous les camions. Elle dépendra notamment de la puissance acceptée par le véhicule, de la quantité d’énergie à récupérer et de la puissance réellement disponible à la borne.
Le communiqué ne précise pas le nombre de points de charge par station, la puissance installée sur chaque site ou les tarifs qui seront proposés. Il ne détaille pas non plus les conditions de réservation et de paiement. Ces informations seront nécessaires aux transporteurs pour comparer les coûts et planifier les arrêts.
Un autre programme de 25 sites en Allemagne
L’expansion européenne de VINCI ne repose pas uniquement sur Voltix. En juillet 2026, le groupe a annoncé que sa filiale eliso avait remporté un contrat de huit ans pour installer et exploiter 25 sites de recharge pour poids lourds dans le nord de l’Allemagne.
Ce marché distinct représente un investissement d’environ 100 millions d’euros et prévoit jusqu’à 180 points de charge, avec des puissances pouvant atteindre un mégawatt. Selon les sites, trois à 36 points de charge sont prévus.
Ces chiffres donnent une indication plus concrète de la capacité envisagée pour le programme allemand. Ils ne permettent toutefois pas de déduire l’équipement des futures stations françaises de Voltix, dont les caractéristiques détaillées n’ont pas encore été publiées.
Pour les transporteurs opérant entre la France et l’Allemagne, la question sera aussi celle de la continuité pratique entre les installations : disponibilité des bornes, accès avec une semi-remorque, moyens de paiement et information en temps réel sur les points de charge.
Le financement est engagé, le maillage reste à construire
Le partenariat associe VINCI Concessions, chargé du développement et de l’exploitation du réseau par l’intermédiaire de Voltix, Épopée Gestion, qui investit via ses fonds Infrastructures et Climat, et ADEME Investissement, société publique détenue par l’État.
Les 90 millions d’euros financent une première phase de déploiement, pas un réseau européen déjà constitué. À ce stade, Vierzon est le seul site français dont l’ouverture est annoncée avec une échéance précise.
L’inauguration prévue cet automne sera donc un premier jalon. Pour les transporteurs, la portée du programme se mesurera ensuite au rythme d’ouverture des autres stations et à leurs caractéristiques d’exploitation : combien de camions pourront charger simultanément, à quelle puissance, à quel prix et sur quels itinéraires.
C’est la réponse à ces questions, davantage que le montant investi, qui déterminera quand le réseau pourra entrer dans la planification quotidienne des flottes électriques.









