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Traversées de la Manche : Bruxelles muscle les contrôles et la lutte contre les passeurs

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Les traversées irrégulières de la Manche restent un sujet sensible pour la France, le Royaume-Uni et les institutions européennes. La Commission européenne vient de présenter un nouveau plan d’action : davantage de contrôles, un rôle opérationnel renforcé pour Frontex et Europol, ainsi qu’une action plus ferme contre les filières criminelles qui tirent profit du passage clandestin. Pour le transport routier, ce n’est pas seulement un débat politique : les transporteurs qui travaillent avec le Royaume-Uni en subissent les effets depuis des années.

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Pour Bruxelles, l’enjeu est double : éviter de nouveaux drames en mer et réduire les risques plus larges en matière de sécurité aux frontières. La Commission met en avant l’impact de ces traversées sur la criminalité organisée et sur les déplacements non autorisés au sein de l’Union européenne et de l’espace Schengen.

Le plan de la Commission : trois axes de travail

La feuille de route s’articule autour de trois priorités.

D’abord, l’exécutif européen veut renforcer la coopération avec les pays d’origine et de transit. Objectif : agir plus en amont, avant l’arrivée des personnes en Europe de l’Ouest. Cela passe notamment par des campagnes d’information menées conjointement par l’Union européenne et le Royaume-Uni, destinées à dissuader les candidats à une traversée illégale de la Manche.

Deuxième pilier : placer les réseaux de passeurs au cœur de la réponse. Les États membres, avec l’appui d’Europol, sont invités à établir une cartographie des organisations criminelles actives tout au long de l’itinéraire migratoire. Le plan évoque aussi des actions visant les canaux en ligne utilisés par ces réseaux, ainsi que les chaînes d’approvisionnement du matériel servant à organiser les départs en petites embarcations.

Troisième axe : accroître les moyens opérationnels aux frontières. Bruxelles cite le renforcement du Centre européen de lutte contre le trafic de migrants d’Europol, l’élargissement de la cellule de renseignement franco-britannique à Calais, ainsi que le déploiement de personnels et de moyens de surveillance supplémentaires de Frontex dans la zone Manche–mer du Nord.

Moins de départs, mais une route toujours utilisée

Selon la Commission, les mesures prises ces dernières années commencent à produire des effets. Bruxelles indique que le nombre de franchissements irréguliers aux frontières extérieures de l’Union européenne a reculé de 55 % par rapport à 2024.

La route de la Manche serait elle aussi orientée à la baisse. En 2026, le nombre de départs illégaux depuis l’Union européenne par cet itinéraire a diminué de 44 %, tout en restant à un niveau élevé. En 2025, on comptait près de 64 000 tentatives de traversée, et plus de 41 000 migrants ont atteint la côte sud de l’Angleterre.

Les autorités belges signalent par ailleurs les premiers indices d’une tentative de déplacement du phénomène vers leur littoral. Les volumes restent limités, mais en 2026, plus de 400 personnes y ont été interceptées alors qu’elles tentaient de rejoindre le Royaume-Uni.

Europol et Frontex appelés à accentuer la pression sur les filières

Le démantèlement des organisations qui se cachent derrière les traversées illégales constitue un objectif central du plan. La Commission plaide pour une coordination plus étroite entre les États membres et Europol, Frontex, Eurojust, ainsi que des partenaires internationaux.

Cette coopération doit permettre d’identifier et de suivre les réseaux sur l’ensemble du parcours. Bruxelles mentionne aussi des pistes pour perturber les circuits logistiques utilisés pour préparer les traversées et freiner l’activité des passeurs en ligne.

Transporteurs : une pression opérationnelle qui dure depuis longtemps

Même si le document européen insiste surtout sur la protection des frontières et la répression des réseaux criminels, les entreprises de transport routier continuent d’assumer une part très concrète du problème. Les liaisons vers le Royaume-Uni via les ports du nord de la France sont particulièrement exposées, avec des tentatives récurrentes d’intrusion de migrants dans les remorques.

Un cas très médiatisé a concerné l’entreprise britannique E.M. Rogers. En 2023, le conducteur a été sanctionné à hauteur de 9 000 livres sterling, et l’exploitant a dû payer 15 000 livres sterling supplémentaires après la découverte de trois migrants dans le véhicule par la Border Force.

Le transporteur a fait valoir que le chauffeur avait respecté les procédures de sûreté, effectué les contrôles du véhicule et utilisé des scellés de protection. Malgré ces précautions, des migrants sont parvenus à entrer dans la remorque et des pénalités ont été appliquées à la fois au conducteur et à l’entreprise.

À l’époque, la Road Haulage Association (RHA) avait jugé cette approche inacceptable lorsque la diligence raisonnable avait été respectée. Par ailleurs, depuis février 2023, le Royaume-Uni a durci sa réglementation en portant le plafond de sanction de 2 000 à 10 000 livres sterling par clandestin découvert dans un véhicule.

Réductions possibles, mais exigences documentaires de plus en plus strictes

D’après des spécialistes de Trans Lawyers, prouver qu’un transporteur n’avait pas l’intention de faire passer des migrants ne suffit généralement pas à écarter les sanctions.

Les agents de la Border Force scrutent de près la documentation liée à la sécurisation des véhicules. Les contrôles peuvent porter sur les check-lists des conducteurs, les numéros de scellés, la fréquence des inspections, ainsi que les preuves de formation concernant la prévention de la migration irrégulière.

L’adhésion au programme d’accréditation de la Border Force entre également en ligne de compte. Les opérateurs accrédités peuvent bénéficier d’une appréciation plus favorable lors des inspections et réduire le risque de se voir appliquer les pénalités les plus élevées.

La réglementation britannique prévoit aussi la possibilité de contester les sanctions. Dans ce cadre, l’administration examine la taille de l’entreprise et sa situation financière. Les microentreprises peuvent, dans certains cas, obtenir une réduction allant jusqu’à 75 %, et d’autres mécanismes de réduction existent également pour les petites et moyennes entreprises.

Vers le Royaume-Uni : difficile d’imaginer un relâchement des contrôles

Le plan de la Commission vise avant tout les groupes criminels qui organisent les traversées. Dans les faits, les entreprises qui acheminent des marchandises vers le Royaume-Uni restent en première ligne et continuent de ressentir l’impact opérationnel de la situation migratoire.

Une présence accrue des forces de contrôle, une surveillance renforcée et des actions plus fermes contre les passeurs peuvent améliorer la sécurité sur les segments les plus sensibles. Pour autant, transporteurs et conducteurs devront continuer à maintenir un haut niveau de sécurisation des véhicules et à documenter rigoureusement leurs procédures afin de limiter le risque de lourdes pénalités financières.

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