Selon les autorités françaises, environ 18 % des stations-service étaient en rupture d’au moins un type de carburant. La ministre déléguée chargée de l’Énergie, Maud Brégeon, a précisé qu’il ne s’agissait ni d’un problème de raffinage ni d’un manque de stocks nationaux, mais d’un déséquilibre logistique lié à un déplacement rapide de la demande entre réseaux de distribution.
Une part importante des tensions concerne le réseau TotalEnergies. La ministre a indiqué que 83 % des stations touchées appartenaient à ce réseau, où le plafonnement des prix maintient des tarifs plus bas que chez certains concurrents, attirant ainsi un afflux de consommateurs. Selon Reuters, TotalEnergies a maintenu en avril le prix du sans-plomb à 1,99 euro par litre, tout en relevant le plafond du diesel à 2,25 euros par litre.
Les médias français relient également ces tensions à la période de forte mobilité liée au week-end de Pâques, qui a temporairement déséquilibré l’offre et la demande au niveau local. La situation s’apparente donc davantage à des déséquilibres ponctuels de distribution qu’à une pénurie structurelle à l’échelle nationale.
La tension à la pompe gagne le transport routier
La hausse des prix du diesel a déjà provoqué plusieurs mobilisations de transporteurs routiers ces dernières semaines. Le 28 mars, des chauffeurs ont organisé un barrage filtrant sur l’autoroute A7 au sud de Lyon, tandis que d’autres actions ont été annoncées à Clermont-Ferrand, Toulouse et en région parisienne.
Le 30 mars, transporteurs et autocaristes ont mené une opération escargot sur le périphérique parisien, dénonçant une hausse trop rapide des prix et un soutien jugé insuffisant. Début avril, certaines actions ont été suspendues à la suite d’échanges avec le gouvernement, laissant entrevoir des avancées, mais la pression sur les coûts demeure.
Un soutien public ciblé et temporaire
La réponse de l’État français repose sur des aides ciblées plutôt que sur une baisse généralisée des prix. Selon Reuters, le gouvernement a annoncé plus de 70 millions d’euros d’aides pour les secteurs du transport, de l’agriculture et de la pêche en avril, complétés par des prêts et des mesures de soutien aux ménages.
Pour le transport routier, un dispositif exceptionnel, limité au mois d’avril, vise les PME du secteur. Il doit compenser une partie du choc carburant à hauteur d’environ 0,20 euro par litre pour les entreprises éligibles en difficulté de trésorerie. Ce volet spécifique est estimé à 50 millions d’euros.
Des mesures complémentaires incluent :
- le report de cotisations sociales (URSSAF),
- des facilités de paiement fiscales,
- des prêts de trésorerie via Bpifrance.
Le ministère rappelle que le carburant peut représenter jusqu’à un tiers des coûts d’exploitation dans le transport routier, en particulier pour les petites entreprises.
Adaptation des mécanismes de répercussion des coûts
Un ajustement important concerne également la facturation : le Comité national routier publiera désormais les indices diesel tous les 15 jours au lieu d’une fois par mois.
Objectif : permettre aux transporteurs d’ajuster plus rapidement leurs tarifs face à la volatilité des prix. Cette mesure n’agit pas sur les prix à la pompe, mais facilite leur répercussion dans les contrats.
Des tensions appelées à se résorber, mais un problème structurel persiste
Les autorités insistent sur l’absence de pénurie structurelle : les importations de brut se poursuivent, les raffineries fonctionnent et les stocks restent disponibles. Cela suggère que les ruptures en station pourraient se résorber avec un retour à la normale de la demande.
Toutefois, pour les transporteurs, le problème de fond demeure. Les aides actuelles apportent un soulagement de trésorerie à court terme, sans répondre à la volatilité durable des prix du diesel.
Plusieurs acteurs du secteur estiment également que les tensions observées relèvent davantage de la distribution que d’un manque réel de carburant, ce qui confirme l’analyse gouvernementale d’un phénomène conjoncturel.









