La principale fédération française du transport routier de marchandises indique que le premier trimestre 2026 a marqué une « rupture nette » pour le secteur. Dans ses dernières perspectives économiques, elle pointe un effondrement de l’activité, un violent retournement des anticipations, un quasi-gel de l’investissement et un recul de l’emploi.
L’alerte de la fédération ne se limite pas à la baisse d’activité. Elle affirme que le moral des entreprises s’est effondré à un plus bas historique, avec 78 % des dirigeants insatisfaits de la situation de leur entreprise, pire que durant la crise du Covid. Elle ajoute que le choc énergétique actuel est « la crise de trop » pour un secteur déjà soumis à des marges très faibles, l’investissement étant désormais réduit à un peu plus que le renouvellement indispensable des flottes.
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Le déclencheur immédiat est le choc printanier sur les carburants. Le 30 mars, le gouvernement français a annoncé un soutien d’urgence pour les petites et moyennes entreprises de transport routier de marchandises et de voyageurs confrontées à de graves difficultés économiques, en le présentant comme une aide équivalente à 20 centimes par litre pour avril 2026. La mesure s’inscrivait dans une réponse plus large à la flambée des prix de l’énergie qui frappe l’économie.
Ce soutien ne s’est pas limité à avril. La presse professionnelle française indique que l’aide est prolongée jusqu’en mai, ce qui souligne que l’étau sur les opérateurs ne s’est pas desserré. Au lieu de se stabiliser rapidement, le secteur montre désormais des signes d’une détérioration plus générale de l’activité, de l’emploi et de la confiance des entreprises.
Mais la profession estime que l’annonce surestime ce que les entreprises perçoivent réellement. Selon le décret du 17 avril, le soutien prend la forme d’une aide directe plafonnée à 60 000 € par entreprise, avec des versements calculés par véhicule. L’OTRE indique qu’en pratique, cela représente de 70 € à 500 € par véhicule, selon le type de véhicule, plutôt qu’une véritable remise de 20 centimes par litre à la pompe.
Cette distinction change la manière dont la mesure fonctionne au quotidien. Une baisse au litre suivrait la consommation réelle de carburant à mesure que les coûts augmentent. Un versement forfaitaire, non. Pour les opérateurs confrontés à un choc immédiat sur le prix du diesel, en particulier les petites entreprises aux réserves de trésorerie limitées, la pression sur la trésorerie peut rester aiguë même après l’annonce du soutien. Il s’agit d’une déduction tirée de la structure du décret et des critiques formulées par l’OTRE.
L’OTRE a également attaqué les règles d’éligibilité, estimant que le dispositif exclut trop d’entreprises. Selon l’organisation, les entreprises ayant des dettes fiscales ou sociales impayées peuvent être écartées, sauf si elles bénéficient d’un plan d’apurement, et certains indépendants ainsi que certaines structures de financement des véhicules sont pénalisés par les critères.
Un autre signe montre à quel point la situation est devenue tendue. La France a temporairement levé les restrictions de circulation des poids lourds pour les véhicules livrant des hydrocarbures aux stations-service jusqu’au 11 mai 2026 à 10:00, autorisant les camions de plus de 7,5 tonnes à circuler pendant des périodes où ils seraient normalement interdits. L’objectif affiché est de garantir la continuité de l’approvisionnement en carburant et de réduire le risque de perturbation logistique.









